Olivier Père

Travail au noir de Jerzy Skolimowski

Jerzy Skolimowski est à l’honneur au mois de mars. Il est invité par la Cinémathèque française dans le cadre du festival « toute la mémoire du monde », avec une masterclass et la projection de tous ses films, du 14 mars au 8 avril. Pendant ce temps le distributeur Malavida ressort en salles, en versions restaurées, quatre des meilleurs longs métrages du réalisateur polonais, devenus difficiles à voir : Signes particuliers : néant, Walkover, Travail au noir et Le Bateau-phare.

Douze ans après Deep End, Jerzy Skolimowski réalise un deuxième chef-d’œuvre à Londres, Travail au noir (Moonlighting, 1982). Travail au noir peut être considéré comme un film politique (pas dans le sens de fiction politique), mais c’est avant tout une aventure humaine absurde et obsessionnelle, comme toujours chez le cinéaste. Décidé et filmé dans l’urgence, Travail au noir répond au traumatisme du coup d’état polonais de décembre 1981, vécu de loin par le nomade perpétuel Jerzy Skolimowski. Le cinéaste imagine un scénario qui colle à la situation de son pays et le tourne en mode guérilla. Jamais un projet n’a fait coïncider avec autant de pertinence son histoire et ses conditions de tournage. Le contremaître Nowak et trois maçons polonais munis de visas touristiques viennent à Londres pour effectuer des travaux dans la maison d’un riche compatriote. Lorsque Nowak, le seul à parler anglais, apprend la nouvelle de l’état de siège, il préfère ne pas en informer les ouvriers. Il les maintient dans l’ignorance et retarde l’échéance de leur retour impossible au pays. Le film abonde en annotations tragicomiques sur les méthodes et petits rituels de Nowak pour survivre sans argent dans Londres. Travail au noir plonge ses personnages dans un état de claustration, comme Skolimowski les affectionne. Exilés au cœur d’une ville étrangère, ils demeurent extérieurs à l’agitation capitaliste. Leur poste de télévision tombe vite en panne, le manque d’argent les prive de toute distraction. Le contremaître, qui avoue avoir choisi trois hommes idiots pour mieux les contrôler, reproduit un pouvoir miniature et totalitaire, intenable, sur le modèle polonais. Travail au noir est l’histoire d’un projet insensé voué à l’échec, et la métaphore astucieuse de la douleur d’un pays et de ses exilés. Jeremy Irons, plus que crédible en travailleur polonais, y livre une performance extraordinaire.

 

Travail au noir ressort en salles mercredi 20 mars, distribué par Malavida.

Jeremy Irons dans Travail au noir de Jerzy Skolimowski

Jeremy Irons dans Travail au noir de Jerzy Skolimowski

 

 

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