Olivier Père

Le Corps et le Fouet de Mario Bava

Réalisé en 1963, Le Corps et le Fouet (La frustra e il corpo) possède la valeur d’un manifeste poétique pour Mario Bava. Le réalisateur italien s’empare d’une histoire de fantômes, dans un cadre gothique alors à la mode des deux côtés de l’Atlantique, pour mettre en scène une œuvre profondément personnelle, qui définit sa conception du fantastique. Le Corps et le Fouet se présente comme un effort pour atténuer le folklore décoratif et les poncifs attachés à ce type de production et proposer une approche moderne des récits horrifiques dans des manoirs hantés. Le film se concentre sur une étude féminine, celle de Nevenka (Daliah Lavi), belle jeune femme sous l’emprise de son amant et beau-frère Kurt (Christopher Lee), un être odieux et sadique, honte de cette famille d’aristocrates. Cette relation morbide se poursuit après l’assassinat mystérieux de Kurt, et Nevenka est victime des assauts de ce dernier qui l’agresse et la fouette la nuit dans sa chambre, tandis que les meurtres se poursuivent dans le château. Les scènes de flagellation assirent la réputation sulfureuse du Corps et le fouet, longtemps considéré comme un paragon du sadomasochisme à l’écran. Le film surprend et séduit davantage aujourd’hui par sa dimension mentale. C’est une plongée dans la psyché de son héroïne à laquelle nous invite Bava. Le cinéaste se plaît à entretenir la confusion entre rêve et réalité, fantasmes sexuels et hallucinations. Les manifestations surnaturelles sont des émanations de l’esprit troublé de Nevenka. Le film tout entier, avec son décorum angoissant et ses variations chromatiques insensées devient une projection de la folie de Nevenka, qui bascule dans la psychose criminelle. Les plans où la caméra de Bava scrute le visage de Daliah Lavi possèdent une poésie qui combine un lyrisme décadent à la Edgar Allan Poe et l’approche cérébrale d’une étude clinique. Avec Le Corps et le Fouet, Mario Bava a signé son Année dernière à Marienbad, un film-cerveau destiné aux salles de quartier.

 

Le Corps et le Fouet est disponible en combo DVD plus Blu-ray plus livret de 16 pages, accompagné aussi d’intéressants suppléments critiques, édité par ESC. Dans la même collection on pourra redécouvrir deux autres titres majeurs de Mario Bava, La Baie sanglante et Une hache pour la lune de miel.

Daliah Lavi dans Le Corps et le Fouet de Mario Bava

Daliah Lavi dans Le Corps et le Fouet de Mario Bava

 

 

Catégories : Actualités

Un commentaire

  1. ballantrae dit :

    Absolument merveilleux: un condensé des beautés du cinéma de Bava doté d’un ton unique par sa mélancolie un brin morbide. Plastiquement superbe, c’est donc une bonne nouvelle qu’il soit édité de manière optimale.

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