Olivier Père

Les Amants du Capricorne de Alfred Hitchcock

« 1831. Charles Adare rejoint son oncle gouverneur en Australie pour commencer une nouvelle vie. Lors d’un dîner chez un ancien forçat qui règne dans le monde des affaires locales, il découvre que la maîtresse de maison est sa cousine Henrietta, amie d’enfance. Il s’aperçoit peu à peu qu’Henrietta sombre dans la folie et l’alcool. »

Réalisé en 1949, Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) avec Ingrid Bergman, Joseph Cotten et Michael Wilding dans les rôles principaux, fut un des plus gros échecs commerciaux d’Hitchcock, qui en était aussi le producteur. Il s’agit de l’une des rares incursions du cinéaste dans le drame en costumes, tourné en Technicolor dans les studios anglais de Elstree. Production indépendante, Les Amants du Capricorne fut conçu pour Ingrid Bergman. Le film marquera la dernière collaboration de l’actrice avec Hitchcock. Au sujet de ce très beau film, Jean Domarchi parla dans Les Cahiers du cinéma de « chef-d’œuvre inconnu » de la carrière du cinéaste. Il est vrai que Les Amants du Capricorne fut incompris par le public et la critique au moment de sa sortie. Les raisons en sont simples : Hitchcock délaisse le suspens ou la comédie policière pour signer un mélodrame en costumes, une histoire d’emprise et de névrose presque entièrement dénué d’action. Hitchcock, pour ce nouveau projet ambitieux et personnel après La Corde, conserve le même principe esthétique de mise en scène que le film précité, mais en l’améliorant et en lui donnant une signification plus subtile. Les Amants du Capricorne ne réitère pas le tour de force d’un film construit en un seul plan illusoire. L’utilisation systématique de longs plans séquences extrêmement fluides et complexes dépasse ici le stade expérimental pour s’intégrer dans une appréhension classique du cinéma. C’est dans Les Amants du Capricorne qu’apparaît avec le plus de clarté ce souci d’art total qui mêle au théâtre (les longs monologues d’Ingrid Bergman) et à une caractérisation des personnages empruntée à la littérature romantique les techniques de l’écriture cinématographique, poussées ici à un haut niveau d’invisibilité et de sophistication. Ce film sublime témoigne du génie d’un artiste qui voulait aussi réaliser des films pour le plus grand nombre, et dont les échecs commerciaux – comme Vertigo (Sueurs froides) en son temps – laissent davantage percevoir sa personnalité et son ambition.

 

Les Amants du Capricorne est ressorti en salles mercredi 27 février, en version restaurée, distribué par Les Acacias.

Joseph Cotten et Ingrid Bergman dans Les Amants du Capricorne de Alfred Hitchcock

Joseph Cotten et Ingrid Bergman dans Les Amants du Capricorne de Alfred Hitchcock

Catégories : Actualités

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