Olivier Père

Cléo de 5 à 7 de Agnès Varda

Dans le cadre de sa soirée consacrée à Agnès Varda lundi 18 mars, ARTE diffuse Cléo de 5 à 7 à 0h35, après Sans toit ni loi et Varda par Agnès. Le film sera également disponible gratuitement pendant sept jours en télévision de rattrapage sur ARTE.tv.

Agnès Varda a fait ses débuts avec La Pointe-courte (1955), un film particulièrement novateur, monté par Alain Resnais, où les scènes documentaires alternent avec l’histoire fictionnelle d’un couple. C’est avec son deuxième long métrage qu’Agnès Varda obtient son premier grand succès critique et commercial et acquiert une renommée internationale bien méritée. Réalisé en 1962, Cléo de 5 à 7 est en effet un chef-d’œuvre du cinéma français. L’action se déroule en temps réel, le 21 juin, jour du solstice d’été. Cléo, une jeune chanteuse attend les résultats d’un examen médical. Sa peur d’avoir un cancer contraste avec sa vitalité frivole et la lumière estivale qui inonde la capitale. Tourné dans l’ordre chronologique du scénario, découpé en courts chapitres numérotés, le film fait ressentir le passage inexorable du temps. Sans beaucoup de moyens, la cinéaste transcende le cinéma-vérité par son art du montage et de la composition. Varda met en scène une ballade dans Paris de Montparnasse au Parc Montsouris à la manière des surréalistes, ponctuée de rencontres, avec l’ombre accompagnatrice du Nadja d’André Breton. Varda invente une forme ouverte, celle d’un film de fiction capable de faire entrer l’époque par le son (les informations qui émanent d’un autoradio), l’image ou des personnages – le jeune soldat en permission qui va bientôt rejoindre son régiment en Algérie, lui aussi probable mort en sursis.

Cet émouvant portrait de femme, incarné par la magnifique Corinne Marchand, se double d’un poème sur la beauté qui voisine avec la mort. Dans un scène pivot, au beau milieu du film, Cléo qui répète au piano avec son musicien et son parolier, interprète la chanson « sans toi ». Le décor disparait et la caméra enregistre la performance de Corinne Marchand, gros plan intense de son visage blanc sur fond noir. Varda signe un véritable blason poétique, joué et chanté, qui sublime à la fois son actrice et la musique composée par Michel Legrand pour cette chanson, l’une des plus belle de l’histoire du cinéma.

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