Olivier Père

Tous les autres s’appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder

Carlotta films nous a permis de revoir ou découvrir plusieurs titres importants de Rainer Werner Fassbinder en salles et en coffrets Blu-ray, grâce à la réédition d’une dizaine de ses meilleurs films, et à la distribution pour la première fois en France de sa série Huit Heures ne font pas un jour. Parmi les chefs-d’œuvre de Fassbinder, de ses premiers essais cinématographiques à la fin des années 60 jusqu’au Secret de Veronica Voss et Querelle en 1982, il y a bien sûr Tous les autres s’appellent Ali (Angst essen Seele auf, 1974) dont le succès international participa à la reconnaissance du cinéaste au-delà des frontières de la RFA.

Tous les autres s’appellent Ali, c’est la rencontre de deux solitudes. Un immigré marocain et une veuve allemande d’un certain âge ont une liaison puis décident de régulariser leur relation en se mariant. La vieille dame subira la réprobation de sa famille. Le couple va devenir la victime des jalousies et de la médisance de leur entourage, sans parler du racisme ordinaire dont sont la cible les travailleurs immigrés dans la société allemande. Marqué par l’hostilité ambiante, les nouveaux mariés devront subir d’autres épreuves, jusqu’à l’altération irréversible de leurs sentiments. Rainer Werner Fassbinder se livre à un exercice d’admiration en transposant un mélodrame flamboyant de Douglas Sirk dans la grisaille de la petite bourgeoisie munichoise. Tous les autres s’appellent Ali est le remake avoué de Tout ce que le ciel permet, avec des références directes au film de Douglas Sirk réalisé en 1955. Fassbinder a compris la violence politique et le féminisme du cinéma de Sirk, sous le vernis hollywoodien. Il réussit un film distancié et cruel qui décortique les rapports de soumission et de domination au cœur des histoires d’amour, un sujet qui traverse toute son oeuvre. Le cinéaste y dresse le portrait de l’Allemagne moderne et des exclus du miracle économique. L’exaspération des sentiments y côtoie les cicatrices du nazisme.

 

Brigitte Mira et El Hedi Ben Salem dans Tous les autres s'appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder

Brigitte Mira et El Hedi Ben Salem dans Tous les autres s’appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder

 

Catégories : Actualités

6 commentaires

  1. John Nada dit :

    excusez-moi, ça n’est pas lié à cet article mais j’aimerais savoir si vous avez vu Jusqu’à la garde et ce que vous en avez pensé ? Merci

    • olivierpere dit :

      Impossible de vous répondre car je n’ai pas vu le film. J’essaierai de le rattraper en DVD. Me le recommandez-vous ?

      • John Nada dit :

        Oui, pour avoir votre avis !
        Plus sérieusement, le réalisateur installe tout au long du film un suspense et une tension qui m’ont mis mal à l’aise, parce qu’il joue sur l’attente de voir le mari violent exploser, et s’en prendre à son fils ou à sa femme… J’ai donc trouvé ça assez dérangeant, quand bien même Xavier Legrand fait preuve d’un certain savoir-faire dans la mise en scène pour installer ce suspense, et que les acteurs sont irréprochables. Je retrouve quasiment aucune critique qui évoque ce problème, où l’on pourrait presque parler de « morale », un mot qui fâche désormais… et j’étais donc curieux de connaitre votre avis car je vous sais aussi sensible à la question.
        Il me semble que si le film jouait plus clairement la carte du thriller pur, il serait plus acceptable.
        En tant que tel, j’ai bien du mal à l’apprécier, même si j’avoue avoir été scotché, mais comme il est facile de captiver le spectateur dans une telle situation…

        • olivierpere dit :

          oui le film a l’air très maîtrisé et aussi très malaisant d’après ce que j’ai entendu, c’est peut-être la raison pour laquelle je ne me suis pas précipité pour aller le voir.
          j’en profite pour vous conseiller d’aller voir Burning et Shéhérazade si ce n’est déjà fait.

          • John Nada dit :

            Merci pour votre réponse!
            Je suis déjà allé voir Burning que j’ai en effet trouvé assez beau.
            Shéhérazad ne me disait rien, mais vous éveillez ma curiosité.
            J’ai aussi bien envie de découvrir le nouveau film d’Emmanuel Mouret, auteur que j’aime beaucoup, et celui de Jim Cummings, Thunder Road.

          • ballantrae dit :

            Confirmation de la beauté de Burning de Lee Chan Dong!!!

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