Olivier Père

Le Château de l’araignée de Akira Kurosawa

Du 1er septembre au 31 octobre arte.tv propose un cycle de grands films japonais. On pourra revoir ou découvrir gratuitement sur la plateforme d’ARTE cinq titres majeurs de la production cinématographique nippone, périodes classiques et contemporaines confondues : Still the Water de Naomi Kawase, Sonatine, mélodie mortelle de Takeshi Kitano, Entre le ciel et l’enfer, Chien enragé et Le Château de l’araignée de Akira Kurosawa.

Le Château de l’araignée (Kumo no sujyou, 1957) n’est pas à proprement parler une adaptation de Macbeth mais plutôt une transposition de la pièce de Shakespeare dans le Japon féodal. Akira Kurosawa ne retient rien du texte original et prend quelques libertés avec le déroulement de l’histoire. Ainsi les trois sorcières ricaneuses sont-elles remplacées par une apparition fantomatique et blanchâtre, et le personnage de Macduff a disparu. Le cinéaste voit dans les guerres civiles qui agitent son pays au XVIème siècle un contexte historique proche de celui décrit par Shakespeare dans sa pièce. Malgré une source littéraire occidentale, Le Château de l’araignée puise avant tout dans la culture et les arts traditionnels japonais. Kurosawa s’inspire du théâtre Nô en intériorisant au maximum la tragédie de Macbeth. Le minimalisme épuré des décors, le raffinement des effets sonores comme le jeu erratique et stylisé de certains acteurs sont ceux du Nô. Cela n’empêche pas Kurosawa de construire son film sur des oppositions dynamiques, avec des ruptures visuelles violentes. Au masque impassible et froid du visage de Asaji, la Lady Macbeth de Kurosawa, répondent les grimaces expressionnistes de Washizu/Macbeth, interprété par Toshiro Mifune. L’immobilisme de la caméra dans les scènes d’intérieur et de dialogues est interrompu par la chevauchée frénétique des deux guerriers perdus dans un labyrinthe végétal, dont la vitesse frôle l’abstraction. Envahi par la brume et les ténèbres, Le Château de l’araignée est un film cauchemardesque, une plongée inexorable dans une spirale criminelle. Kurosawa réalise un chef-d’oeuvre sur le Mal absolu et la corruption du pouvoir, parfaitement fidèle à Shakespeare malgré ses distances créatrices et son enracinement dans l’Histoire du Japon.

Le Château de l'araignée de Akira Kurosawa

Le Château de l’araignée de Akira Kurosawa

 

Le Château de l’araignée est également disponible en combo DVD et Blu-ray dans la collection des classiques de Kurosawa produits par la Toho, édité par Wild Side.

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