Olivier Père

Les Aventuriers de Robert Enrico

Si Alain Delon a fréquenté les cimes du meilleur cinéma d’auteur international en travaillant avec Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Valerio Zurlini, Alain Cavalier, Jean-Luc Godard, sa carrière est aussi intimement liée à plusieurs très bons titres du cinéma commercial qu’il a transcendé par sa seule présence et son aura : Le Clan  des Siciliens (1969) de Henri Verneuil, Borsalino (1970) de Jacques Deray, Deux hommes dans la ville (1973) de José Giovanni ou Les Aventuriers (1967) de Robert Enrico qui est rediffusé sur ARTE lundi 13 août à 20h50, en version restaurée. Ces films ont aussi contribué à sa mythologie personnelle, qui associe la séduction et l’héroïsme à une dimension tragique, comme celle de Gabin jeune. Delon et son ami Lino Ventura forment le couple vedette de ce grand succès du cinéma français. Sous ses allures d’hymne décontracté et ensoleillé à l’aventure et l’amitié virile, le film de Robert Enrico se voile de mélancolie et dissimule une profonde tristesse avec une présence obsédante de l’échec et de la mort. La recherche d’un trésor enfoui sous l’eau entreprise en Afrique par deux amis inséparables et rêveurs qui ont souvent joué de malchance a des accents hustoniens. Plus étrange est le ménage à trois platonique qu’ils forment avec une jeune femme étrangère et artiste, sorte d’utopie amoureuse qui fait écho aux élans communautaires et à la libéralisations des mœurs de la fin des années 60.

Les Aventuriers, comme d’autres films français populaires de la même époque, doit beaucoup à la musique de François de Roubaix, véritable génie de la musique de films qui travaillait principalement pour des productions populaires et la télévision. Ce compositeur au talent protéiforme et précurseur de la musique électronique, inventeur de styles et de sonorités nouvelles (comme l’usage de « samples »), fut l’auteur d’un univers mélodiques enchanteur souvent au service de films et de cinéastes plus prosaïques que lui comme Robert Enrico, Yves Boisset ou José Giovanni.

Sa fantaisie rencontra néanmoins celle de Jean-Pierre Mocky pour L’Etalon et La Grande Lessive. Et la bande originale du Samouraï de Jean-Pierre Melville (la même année que Les Aventuriers) exprime à la perfection la froideur et la solitude de Jeff Costello (Delon, encore.)

François de Roubaix, dandy et anar passionné par la mer est mort prématurément en 1975 dans un accident de plongée, ce qui rend a posteriori encore plus émouvante sa contribution au film d’Enrico dont les moments les plus dramatiques se déroulent au large du Congo et dans le Fort Boyard.

Les Aventuriers est désormais disponible dans une très belle édition (combo Blu-ray et DVD) proposée par M6 vidéo.

Catégories : Actualités · Sur ARTE

4 commentaires

  1. Sawyer dit :

    « les cimes du meilleur cinéma d’auteur international en travaillant avec Luchino Visconti, Michelangelo Antonioni, Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Valerio Zurlini, Alain Cavalier, Jean-Luc Godard »

    Vous n’oubliez pas « Plein soleil » ?
    Peut-être un des 10 plus beaux films de l’histoire du cinéma français.

    • olivierpere dit :

      Oui c’est vrai : Plein soleil de René Clément, très grand film qui révéla Delon.

      • Sawyer dit :

        Bon, je ne peux pas dire non plus que René Clément ait été un grand cinéaste… car sa seule réussite majeure, à mes yeux, reste « Plein Soleil ».
        Je n’ai pas vraiment vu ses films ultérieurs, mais j’avais vu quelques parties de « La maison sous les arbres » (1971).
        Esthétiquement, il me semble que c’était vraiment très beau, d’un onirisme irréel, à la limite du fantastique (vu que moi, si je n’aime pas le cinéma français, en général, c’est à cause de sa dimension naturaliste : esthétiquement, dans la plupart des films français, il n’y a vraiment rien, aucun effort, aucun travail sur l’image, on a même parfois l’impression que ce n’est même pas éclairé, que le directeur photo est aux abonnés absents).
        Mais pour revenir à René Clément, je crois que le gros problème chez lui, c’était le scénario (Alain Delon disait que René Clément n’y connaissait rien au scénario), et ce n’est peut-être pas un hasard si c’est Paul Gégauff qui a écrit le scénario de l’adaptation du roman de Patricia Highsmith (notons aussi que ‘L’inconnu du Nord-Express » est un des meilleurs Hitchcock).
        En fait, ce qui fait la différence entre un grand cinéaste et un cinéaste quelconque, c’est la mise en scène (disons le style ou la personnalité imprimée à l’ensemble), mais chez un grand cinéaste, ce qui fait la différence entre un bon film et un grand film (disons, par exemple, la différence qui existe entre « La main au collet  » et « Vertigo »), c’est le scénario.
        La mise en scène et le scénario sont donc aussi importants l’un que l’autre (mais pour des raisons différentes).

        • MB dit :

          « le cinéma français, en général, c’est à cause de sa dimension
          naturaliste : esthétiquement, dans la plupart des films français, il n’y
          a vraiment rien, aucun effort, aucun travail sur l’image, on a même
          parfois l’impression que ce n’est même pas éclairé, que le directeur
          photo est aux abonnés absents). »
          vous plaisantez?

          et en quoi le naturalisme devrait-il évacuer la réussite artistique de l’image?

          et si vous dites n’avoir pas vu tous les films de Clément, pourquoi parler de « sa seule réussite majeure » pour PLEIN SOLEIL, voyez déjà LES MAUDITS, GERVAISE (taxé d’académisme à sa sortie, sottise), AU-DELA DES GRILLES, JEUX INTERDITS et que sais-je… Attention aux généralités basées sur un petit nombre de films.

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