Olivier Père

Compañeros de Sergio Corbucci

Du 9 au 29 juillet la Cinémathèque française organise une rétrospective consacrée à Sergio Corbucci. Pas une intégrale, mais une sélection parmi les meilleurs films, ou les titres les plus représentatifs, d’un cinéaste qui a œuvré toute sa carrière au sein du cinéma populaire italien, s’illustrant avec bonheur dans les genres du péplum, de la comédie, du fantastique et du western, des années 50 à la fin des années 80.

Le film choisi pour ouvrir le cycle, lundi 9 juillet à 20h, est Compañeros (Vamos a matar, compañeros!), réalisé en 1970. Il s’agit d’une des plus grandes réussites du cinéaste qui combine en un seul film les qualités et caractéristiques de son cinéma : humour, cynisme, bouffonnerie et violence. Un mot définit à la perfection le western italien : l’exagération. Corbucci est le deuxième Sergio (après Leone et avant Sollima) a avoir donné à ce sous-genre impur ses premières lettres de noblesse – toute relative. Django (1966) marqua en effet les esprits à cause de sa violence et de son atmosphère fantastique. Devenu un habitué du western italien, Corbucci va le conduire dans deux directions opposées : la cruauté (Le Grand Silence) et le grotesque (Qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ?). Compañeros, qui s’inscrit dans la mode des westerns révolutionnaires initiée par El chuncho de Damiani, appartient à la seconde veine. C’est une farce énorme mais non dénuée de mélancolie. En pleine révolution mexicaine, un trafiquant d’armes suédois, cynique et vénal (Franco Nero, star du western italien depuis Django), croise sur son chemin un péon à moitié débile : Tomas Milián, acteur excentrique, emblématique de la grande époque du cinéma italien puisqu’il alterna les compositions en demi-teintes chez Bolognini, Visconti, Antonioni, Bertolucci et les numéros de cabotinage hallucinés dans une flopée de polars, de comédies érotiques, et surtout de westerns remarquables. La fréquente désinvolture de Corbucci est facilement pardonnée par l’euphorie provoquée par le film, qui joue en permanence sur l’antagonisme des deux personnages principaux, mêlés de gré ou de force à la tourmente de la révolution. Compañeros est un beau film picaresque qui repose sur des performances d’acteurs enjoués ou en roue libre (Jack Palance) et accumule les morceaux de bravoure, les péripéties amusantes ou astucieuses. La musique d’Ennio Morricone, qui mêle tonitruants choeurs révolutionnaires et cris de colère, est inoubliable.

 

 

 

 

 

 

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