Olivier Père

Passe montagne, Double messieurs, Mischka : rencontre avec Jean-François Stévenin

Jean-François Stévenin recevait hier le Vigo d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, décerné par le jury du Prix Jean Vigo. Trois films seulement, Passe montagne (1978), Double messieurs (1986) et Mischka (2002). Trois films qui ont suscité enthousiasme et admiration au moment de leurs sorties, et ont permis d’affirmer que Stévenin, acteur chez Truffaut, Rivette, Demy, Mocky, Blier et tant d’autres était aussi, et surtout, un grand réalisateur, à l’ambition et au souffle hors du commun dans le paysage du cinéma français. Cinéaste des montagnes, des routes de campagnes, des rencontres et des amitiés improbables, Stévenin a signé trois films qui ne ressemblent qu’à lui, et qui constituent des aventures de tournage et des expériences humaines et créatrices uniques en leur genre. Jean-François Stévenin revient pour nous sur la gestation particulière de ses films, ses méthodes de travail, sa conception de l’écriture, de la mise en scène et du montage, son amour des acteurs (prodigieux Jacques Villeret, Yves Afonso, Jean-Paul Roussillon), enfin certains de ses projets inaboutis.

Aujourd’hui Jean-François Stévenin se réjouit de la seconde jeunesse que connaissent ses trois films, restaurés et réédités par Le Pacte et Les Acacias qui les ont ressortis en salles. Après leur exploitation parisienne il y a quelques semaines, Passe montagne, Double messieurs et Mischka circulent désormais dans les régions françaises, souvent accompagnés par leur réalisateur. De nouvelles générations de spectateurs vont découvrir trois films qui sont déjà pour beaucoup de cinéphiles des talismans, des signes de ralliement.

Un coffret DVD regroupant les trois films est également prévu, et attendu avec impatience.

Remerciements à Jean-François Stévenin et à l’équipe du Prix Jean Vigo.

Photo en tête de texte : Jean-François Stévenin dans Passe montagne.

Jean-François Stévenin lors de la remise du Vigo d'Honneur © Alain Keit

Jean-François Stévenin lors de la remise du Vigo d’Honneur © Alain Keit

Jean-François Stévenin, Jacques Villeret

Jean-François Stévenin et Jacques Villeret dans Passe montagne

Jean-Paul Roussillon, Salomé Stévenin, Jean-François Stévenin

Jean-Paul Roussillon, Salomé Stévenin, Jean-François Stévenin dans Mischka

Yves Afonso et Jean-François Stévenin dans Double messieurs

Yves Afonso et Jean-François Stévenin dans Double messieurs

Catégories : Actualités · Rencontres

6 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Pas vu les films de Stévenin-réalisateur.
    Stévenin a raison sur Albert Speer, personnage monstrueux (qui eut mérité la mort à Nuremberg), mais personnage éminemment romanesque pour un film de cinéma.

    Je cite cette information intéressante :
    Entre « Orange mécanique » et « Barry Lyndon », Kubrick se vit proposer de réaliser un film autour de la vie d’Albert Speer, architecte de Hitler. L’un des collaborateurs de Kubrick, Andrew Birkin, fut engagé pour écrire un scénario puis suggéra au Studio Paramount le nom de Kubrick, lequel refusa finalement en avancant ce prétexte « Je suis Juif, je ne peux pas m’occuper de ça ».

    L’argument pour refuser le projet ne manque pas de sel… surtout quand on connaît la fascination de Kubrick pour les nazis (déjà qu’il était obsédé par Napoléon, dictateur avec lequel Hitler partageait de nombreux points communs).
    J’avais lu aussi quelque part que Kubrick avait dit, ironiquement, qu’il ne pourrait pas faire le film car Speer aurait demandé trop d’argent pour participer au projet.

    L’autobiographie d’Albert Speer, « Au coeur du troisième Reich », est parue en 1969.
    Kubrick, en 1992, a failli faire « Aryan Papers », mais ayant lu le bouquin dont il était adapté (« Une éducation polonaise »), je pense que le film aurait été très décevant.
    Kubrick, quand il a renoncé au projet (à cause du succès de « La liste de Schindler »), a dit que ça ne servait à rien d’enfoncer des portes ouvertes (je pense qu’il avait su voir, in fine, les limites de « Aryan Papers »).
    Je suis d’ailleurs toujours perplexe face à des films comme « Le pianiste » de Polanski : ces films-là ont plus de valeur comme témoignage, mais artistiquement, c’est toujours un peu limité et pas franchement passionnant, cinématographiquement parlant.
    Mais un biopic sur Albert Speer, là, on aurait eu un film tout en nuances sur un personnage complexe, ambigu et monstrueux : le portrait d’un homme qui se ment à lui-même sur la réalité de l’environnement où il évolue… et la noirceur de son propre rôle.
    Le livre a néanmoins été adapté en téléfilm de 4 heures, en 1982, avec Rutger Hauer dans le rôle de Speer (un choix de casting très judicieux pour traduire le charisme de Speer) :

    https://www.youtube.com/wat

  2. Jeanfoutre dit :

    Bonjour
    Rien à voir avec votre article, excusez-moi, mais je suis curieux : avez-vous vu Paranoïa (Unsane, en vo) de Steven Soderbergh et, si oui, qu’en pensez-vous?
    Même question pour Hérédité, qui fait le buzz actuellement, l’avez vous vu?
    merci!

  3. ballantrae dit :

    Quel cinéaste rare, remarquable, funambule et quel être formidable que JF Stévenin!!!

    Je me rappellerai toujours ma découverte vers 16 ans de Double messieurs qui a été l’une de mes prises de conscience de la force sonore d’un film.Et ce travail libre qu’on sent pourtant exigeant, en constante quête de la situation, de la « minute de sensation vraie » pour paraphraser Handke.
    Question subsidiaire: JFS pourra t-il un jour ENFIN faire son adaptation de Céline??? Projet dont il parle de loin en loin depuis des années…si seulement cela pouvait se faire! Olivier, que savez vous sur l’état actuel de ce projet ou de tout nouveau projet de l’auteur???

    • olivierpere dit :

      Stévenin en parle à la fin de l’entretien : il semble définitivement avoir renoncé à réaliser des films, faute de temps, d’énergie et de financements. Quant à Céline il en parle aussi : idée d’adapter Nord puis de faire un film sur sa rencontre avec Lucette la veuve de l’écrivain, tous deux abandonnés.

  4. ballantrae dit :

    Là cette fois j’ai écouté l’entretien jusqu’au bout…dire que ces films ne se feront pas!!! Tristesse…
    Quel conteur ce Stévenin!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *