Olivier Père

La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder

L’Atelier d’Images édite en DVD et Blu-ray le film de Billy Wilder à partir du 2 mai, avec de nombreux bonus qui nous offrent la possibilité d’appréhender le montage plus long qu’aurait souhaité le cinéaste, grâce à des scènes coupées et la fin alternative. La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes, 1969) permet de vérifier que Wilder, au terme d’une carrière riche en classiques noirs et spirituels, a signé des films magnifiques, sanctionnés en leur temps d’échecs aussi injustes que prévisibles : Avanti !, Fedora et La Vie privée de Sherlock Holmes. Loin des modes, Wilder s’éloigne de l’Amérique, se réfugie là en Italie ou en Allemagne, ici dans la reconstitution maniaque de l’Angleterre victorienne. Billy Wilder n’adapte pas Conan Doyle à la lettre, mais propose une lecture hétérodoxe et personnelle du célèbre détective. La Vie privée de Sherlock Holmes est à la fois une comédie débordante d’esprit, un film à costumes visuellement superbe, et une méditation mélancolique sur l’amour et la trahison. Soit Le chef-d’œuvre tardif d’un grand cinéaste.

Cette aventure de Sherlock Holmes n’est pas l’adaptation d’un roman de Conan Doyle, ni une relecture parodique et irrévérencieuse du plus célèbre des détectives. Le scénario original de Wilder et de son brillant complice I. A. L. Diamond explore les zones d’ombres de la biographie de Sherlock Holmes (sa cocaïnomanie, son célibat suspect et sa cohabitation ambigüe avec le docteur Watson) et le plonge dans une ténébreuse enquête qui l’emmène sur les bords du Loch Ness et où ne manquent ni la frêle jeune femme amnésique, ni les espions et les faux monstres. Le film marque l’apogée de la collaboration fructueuse entre Wilder et le décorateur Alexandre Trauner qui recrée l’Angleterre victorienne avec un luxe architectural et décoratif inouï. Anglais jusqu’au bout des ongles, de l’interprétation à l’humour, le film réussit l’exploit de ne jamais sombrer, grâce à sa mise en scène et la subtilité de son récit, dans l’académisme guindé qui caractérise les productions en costumes en général et la plupart des adaptations de Conan Doyle en particulier, aussi plaisantes soient-elles. Wilder dépasse le folklore de Baker Street et s’empare du personnage de Holmes, génie du vrai et du faux, misanthrope sentimental, observateur solitaire des passions humaines. La rencontre entre Holmes et Wilder, son double artiste et farceur, fait des étincelles. Un chef-d’œuvre d’intelligence, d’élégance et d’humour triste. L’histoire d’amour avortée entre Holmes et une espionne est sans doute l’une des plus mélancoliques qu’on puisse voir sur un écran : un pur intellect, frigide et névrosé, dupé pour la première fois de sa vie à cause des émotions fortes que lui inspirent une femme.

La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder

La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder

Catégories : Actualités

2 commentaires

  1. Sawyer dit :

    « un pur intellect, frigide et névrosé, dupé pour la première fois de sa vie à cause des émotions fortes que lui inspirent une femme. »

    C’est un peu ce qui est arrivé à Paul Valéry à la fin de sa vie… il en est mort d’ailleurs (quand il s’épris de Jean Voilier, alias Jeanne Loviton… qui, plus tard, en tant qu’éditrice, devient la bête noire de L.F. Céline).
    Lorsqu’il mourut, Paul Valéry regarda sa vaste bibliothèque (lui qui avait tout lu) et il murmura :
    « Décidément, tout cela ne vaut pas un beau cul. »
    (On dirait du Bertrand Blier dans le texte !)

  2. JICOP dit :

    On peine à croire que ce merveilleux film fut boudé par la critique et les spectateurs .
    Quel régal pour les yeux , les oreilles et le cœur .
    Je me réjouis de cette sortie tardive en dvd .
    La vision de ce film quand j’étais gamin fut un délice ; moi qui dévorait les livres de Conan Doyle .
    A ce moment de ma vie il n’était nulle question de comédie mais d’une véritable enquete parfois ponctuée de frissons .
    C’est en le revoyant adulte que je compris le coté légèrement satirique du film mais Wilder n’en fait jamais trop et respecte le personnage et les figures imposées .
    Il y a meme de l’émotion , de cette mélancolie fugace qui devait effleurer le cinéaste à l’hiver de son existence .
    Bravo à cette maison d’édition dvd que je ne connaissais pas et merci de votre article , Olivier .

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