Olivier Père

Memories of Murder de Bong Joon-ho

Dans le cadre de son « printemps du polar » ARTE diffuse Memories of Murder (Salinui chueok, 2003) de Bong Joon-ho.

Au début des années 2000, la mode du film de tueur en série semble enterrée, après les sommets inauguraux nommés Le Sixième Sens, Le Silence des agneaux et Seven déclinés et copiés jusqu’à l’écœurement par une multitude de titres américains et quelques avatars internationaux.

L’apparition inattendue d’un thriller coréen signé par un jeune réalisateur va changer la donne et revitaliser le thriller et la figure du serial killer, en puisant à la fois dans les classiques du genre et dans la culture et l’histoire d’un pays qui n’allait pas tarder à s’imposer aux yeux des cinéphiles du monde entier comme un passionnant territoire de cinéma.

Memories of Murder est une sorte de chef-d’œuvre du film criminel. Deux inspecteurs aux personnalités et aux méthodes différentes enquêtent sur des viols et des meurtres de jeunes femmes dans la campagne coréenne. Plusieurs indices désignent un même coupable. Le spectateur est entraîné avec les deux flics dans les ténèbres d’une traque sans fin qui tourne à l’obsession. Memories of Murder est le deuxième film d’un réalisateur hyperdoué, qui développe un style très personnel. Bong Joon-ho affectionne le mélange des genres et les ruptures de tons, alternant avec virtuosité les scènes de bouffonnerie, de satire sociale, de suspens et d’émotions fortes. Les acteurs confèrent une humanité bouleversante aux protagonistes de ce labyrinthe mortel.

Memories of Murder est aussi un grand film politique. Cette affaire de meurtres inspirée d’un fait-divers conduit Bong Joon-ho à parler de la Corée du sud dans les années 80, période de la fin de la dictature et du début de la démocratie. Les couvre-feux imposés pour des exercices de défense civile et la pratique de la torture par la police auront des conséquences dramatiques dans le déroulement de l’enquête. Memories of Murder ouvrira la voie à d’autres thrillers politiques coréens (President’s last Bang par exemple) tandis que Bong Joon-ho ne sera jamais aussi brillant que lorsqu’il confronte à la réalité de son pays un imaginaire foisonnant nourri de culture populaire, de science-fiction et de fantastique.

Memories of Murder de Bong Joon-ho

Memories of Murder de Bong Joon-ho

 

 

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2 commentaires

  1. MB dit :

    chef d’oeuvre!

  2. MB dit :

    Il faut voir qu’après une heure de film et déjà trois cadavres de femmes découverts dans des circonstances bizarroïdes (rituel des ss vêtements, pénétrations d’objets bizzarres et que sais-je) , le chef des flics émet pesamment: « Je me demande si peut-être nous n’avons pas affaire à un psychopathe! »…
    Voir le rôle important de la secrétaire-auxiliaire féminine qui par raisonnement, parvient à mettre les flics sur une piste valable sans aucun merci ou félicitation, tout en continuant à servir le café à ces messieurs et à débarrasser les tasses vides!
    Quant au flic héros (?), il est tout prêt à chercher un suspect qui se serait rasé les poils pubiens, car on ne retrouve pas de ces poils sur les lieux du crime, ce qui est bizarre! Son chef: « Mais tu veux pas déshabiller tous les gens qui passent dans la rue imbécile? ».
    Extraordinaire, et à revoir encore.

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