Olivier Père

Le Merdier de Ted Post

Rimini a édité en blu-ray Le Merdier (Go Tell the Spartans) réalisé en 1978 par Ted Post.

Sorti aux Etats-Unis cinq mois avant Voyage au bout de l’enfer, Le Merdier est l’un des premiers longs métrages sérieux consacrés à la guerre du Vietnam. Il y avait eu Les Bérets verts de John Wayne en 1968 mais c’était une œuvre de propagande destinée à légitimer la présence des troupes américaines au Vietnam. Le film de Ted Post, réalisé après la fin de la guerre, analyse les raisons de l’échec de cette intervention, en s’intéressant aux origines du conflit. L’action se déroule en 1964, lorsque la présence américaine se limitait à quelques milliers de conseillers militaires, après la création de la République du Vietnam et le départ des Français.

Le commandant Barker (Burt Lancaster) reçoit l’ordre de faire réoccuper un village à l’abandon nommé Muc Wa, où les Français s’étaient déjà battus pendant la guerre d’Indochine. En possession de moyens techniques et humains dérisoires, il envoie un petit groupe d’hommes, constitué de soldats américains et sud-vietnamiens mais aussi de civils, en éclaireurs. Le village va bientôt être le théâtre d’un accrochage sanglant avec les troupes Vietminh.

Le Merdier doit son existence à l’opiniâtreté du scénariste Wendell Mayes (Autopsie d’un meurtre, Tempête à Washington), qui acheta les droits du roman de Daniel Ford en 1970. Mayes essuya le refus de tous les studios hollywoodiens, effrayés par un tel sujet, avant de pouvoir financer le projet grâce au soutien du réalisateur Ted Post et de la star Burt Lancaster. Le premier voyait dans Le Merdier l’occasion de réaliser un film personnel lui permettant d’effacer une réputation injuste de faiseur (issu de la télévision, ses deux plus grands succès au cinéma étaient le deuxième épisode de La Planète de singes et la suite de L’Inspecteur Harry, Magnum Force). Le deuxième voulait avec ce film participer à un projet engagé en phase avec ses convictions politiques.

Le Merdier bénéficiera d’un budget d’un million de dollars, une somme dérisoire pour un film de guerre de cette ambition. Lancaster mettra la main au portefeuille pour que le tournage puisse être mené à terme. Le côté fauché de la production ne nuit pas trop au film qui s’intéresse avant tout à la psychologie des personnages et à des affrontements moraux. Parmi les jeunes acteurs qui entourent Burt Lancaster, on reconnaît Marc Singer (pas encore Dar l’invincible) et surtout Craig Wasson, le futur héros de Body Double, très convainquant en soldat idéaliste.

Le titre original du Merdier, Go Tell the Spartan, signifie « Va dire au Spartiates ». Il fait référence aux 300 soldats qui moururent pendant la bataille des Thermopyles en 480 avant J.-C. Cette inscription est gravée à l’entrée d’un village abandonné où sont enterrés des soldats français tués pendant la précédente guerre d’Indochine. Elle annonce l’éternel recommencement de combats meurtriers et le sacrifice inutile de jeunes appelés.

Burt Lancaster dans Le Merdier de Ted Post

Burt Lancaster dans Le Merdier de Ted Post

 

 

 

Catégories : Actualités

7 commentaires

  1. MB dit :

    … et Olivier, Lancaster est la seule vedette capable d’accepter que son personnage finisse mort, nu le corps exposé misérablement au milieu de figurants, c’est pas John Wayne! On verra cet engagement artistique de Lancaster à la même époque dans THE SWIMMER où il ne finit pas non plus de façon très glorieuse, très bonne idée -risquée?- de Rimini même si je reste avec mon zone 1 pour l’instant!

    • olivierpere dit :

      Oui cette scène est incroyable, et choquante. Lancaster a tourné à la fin des années 60 et 70 des films magnifiques dans lesquels il prenait des risques et malmenait son image, avec souvent une fin tragique pour ses personnages : Fureur apache, Les parachutistes arrivent, Violence et Passion, 1900, …
      Surveillez nos programmes, Le Merdier sera diffusé sur ARTE dans les prochains mois.

  2. anneB dit :

    @MB
    Le film sera diffusé lundi 04 février et disponible en Replay
    https://www.arte.tv/fr/videos/076559-000-A/le-merdier/

  3. Aliocha dit :

    Oui, y a Lancaster qui est vraiment un sacré acteur n’hésitant pas à prendre des risques, et oui, c’est un des premiers films sur le Vietnam…

    Mais quelle mise en scène téloche, franchement ! Non ? Enfin, je sais pas, pour moi ça crève les yeux, quoi… On a carrément l’impression parfois que le film esthétiquement a minimum dix ans de plus en arrière que son année de sortie, je veux dire quand on pense qu’en même temps y a déjà installé depuis un bon moment le nouvel Hollywood et leurs propositions plus stylées, et qu’on fait la comparaison, y a pas photo !…

    Après, bon, Ted Post a certes du talent, par exemple avec son très intéressant Pendez-les haut et court, ou son Magnum Force, qui, sans être aussi fascinant que le Siegel, joue de façon intéressante avec le personnage de Harry trouvant ici bien pires flics que lui LOL (en plus y a ce générique avec la musique de Schifrin qui est démentiel !! Et ce même découvert en VHS pan et scan quand j’étais gamin LOL !)

    Enfin, je reverrai encore le Kubrick qui est juste après, on s’en lasse pas, donc merci Arte quand même… 😉

    • Olivier Père dit :

      Le film a souffert d’un budget ridicule. Personne ne voulait produire le scénario de Wendell Mayes à Hollywood, et Ted Post et Burt Lancaster se sont battus pour que le film existe quand même.

  4. JICOP dit :

    Globalement d’accord avec Aliocha. Le film souffre d’une realisation un peu televisuelle et d’un tournage en Californie en lieu et place de l’Asie du sud-est . J’ai l’impression d’ailleurs d’avoir vu certains exterieurs dans les scenes au Vietnam du  » exterminator / droit de tuer  » de James Glickenhaus. Toutefois c’est sur le fond que  » le merdier  » est interessant.
    Entre le mepris affiche pour les suppletifs Sud-Vietnamiens et le complexe de superiorite dirige contre les Français, Post et son scenariste expliquent pourquoi les Americains se dirigerent a l’epoque tranquillement vers la catastrophe .
    Lancaster est grand une fois de plus et Evan C.Kim compose un guerrier vietnamien implacable et cruel .

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