Olivier Père

Portrait de femme de Jane Campion

ARTE propose Portrait de femme (The Portrait of a Lady, 1996) lundi 4 décembre à 20h55, pour accompagner la diffusion sur ARTE de la nouvelle série de Jane Campion, Top of the Lake: China Girl. Après le succès critique et public de La Leçon de piano, Campion réalise un autre film d’époque se déroulant en Europe à la fin du XIXème siècle (soit une vingtaine d’année plus tôt que le précédent), adapté cette fois-ci d’un roman de Henry James. Deux films symétriques qui narrent les déplacements, voyages, chocs culturels et sensuels d’une Américaine à la découverte du monde, des hommes et d’elle-même. Si La Leçon de piano était l’histoire d’une émancipation par le sexe, Portrait de femme est le récit, beaucoup plus retors, d’une aliénation et d’un enfermement volontaire. Isabel Archer est une jeune et belle héritière avide d’expériences. Alors que la vie lui sourit et que plusieurs prétendants amoureux et fortunés lui réclament sa main, cette rêveuse idéaliste va faire les mauvais choix, guidée par des conseils malveillants ou par ses propres erreurs de jugement. Portrait de femme montre la lente plongée de son héroïne vers le malheur et la désillusion, piégée par un séducteur oisif et cynique qui va abuser de sa fortune et de sa naïveté. Comme La Leçon de piano, Portrait de femme bouscule la grande forme classique des films à costumes et prend à rebours l’idée du grand spectacle raffiné et sophistiqué. L’intrusion de faux films de voyage en Orient – alors que l’action du film est antérieure à l’invention du cinéma – et de séquences fantasmatiques d’inspiration surréaliste au début du récit vient rappeler le gout de Campion pour les ruptures de style et les saillies excentriques, hostile à l’académisme. Le cinéma de Campion est autant mental qu’organique, cérébral qu’instinctif. Les partis-pris esthétiques épousent les tourments d’Isabel et vont à contre-courant des productions littéraires à prestige. Campion occulte tout le début du roman de James et invente un prologue poétique et contemporain qui invite à une lecture féministe de son film. Si les décors, les étoffes et la direction artistique sont magnifiques, Jane Campion privilégie l’ombre à la lumière, les intérieurs oppressants aux vues de la Toscane où se déroule la dernière partie du film. Portrait de femme offre un rôle (et un écrin) splendides à Nicole Kidman alors à l’apogée de sa beauté et de sa domination insolente sur le cinéma d’auteur mondial, grâce à une succession impressionnante d’interprétations géniales et de grands films durant une décennie – entre Prête à tout de Gus Van Sant (1995) et Birth de Jonathan Glazer (2004) pour être précis.

Dans Portrait de femme Nicole Kidman est entourée d’une pléiade de comédiens exceptionnels de différentes générations et nationalités, de John Gielgud et Shelley Winters (au crépuscule de leurs longues et brillantes carrières) en passant par Barbara Hershey ou Viggo Mortensen.

Nicole Kidman dans Portrait de femme de Jane Campion

Nicole Kidman dans Portrait de femme de Jane Campion

 

Catégories : Sur ARTE

9 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Film magnifique et très injustement mésestimé à sa sortie: malentendu car les spectateurs attendaient une réitération de La leçon de piano que Portrait… ne leur donne pas, en prenant même le contrepoint.

  2. Jean-Jacques Manzanera dit :

    Bravo Olivier pour votre propension à revenir sur qqs a priori idiots de la critique (Jane Campion a pu en être victime notamment pour ce film magnifique) mais aussi pour votre intervention très pertinente sur France Inter qui a su rappeler avec intelligence le rôle -clé d’Arte dans l’hexagone et au delà.

  3. Baxter dit :

    Nicole Kidman était encore plus belle quelques années plus tard m’est avis ^^

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *