Olivier Père

Le Tombeau des lucioles de Isao Takahata

Kazé vient de proposer à la vente le blu-ray en édition simple et en coffret collector d’un chef-d’œuvre de l’animation japonaise. Et du cinéma tout court. Le Tombeau des lucioles (Hotaru no haka, 1988) de Isao Takahata, une des premières productions du studio Ghibli.

« La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort. »

C’est par ces paroles en voix-off que débute le film. Le Tombeau des lucioles sera ainsi une histoire de l’au-delà, un récit à la première personne racontée par un corps sans vie, à l’instar du Boulevard du crépuscule de Billy Wilder. Le constat est plus terrible puisque ce mort qui parle est un jeune garçon, pas encore sorti de l’enfance, dont les derniers mois furent un calvaire. Takahata confronte le spectateur à une réalité inadmissible, un scandale ontologique qui va se reproduire au cours du film : la mort d’un enfant provoquée par la folie de la guerre mais aussi la cruauté et l’indifférence des adultes civils, la lente agonie d’un être de pure bonté et d’innocence.

Japon, été 1945. Victimes des bombardements américains un garçon et sa petite sœur, orphelins de guerre, se réfugient à la campagne. Leur village a été détruit par des bombes incendiaires, leur mère est décédée des suites de ses brûlures. Seita, un adolescent de quatorze ans, cache la terrible vérité à sa petite sœur Setsuko âgée de quatre ans, avec laquelle il va tenter de survivre dans une perpétuelle quête de nourriture.

Le Tombeau des lucioles (1988)

Le Tombeau des lucioles (1988)

Le Tombeau des lucioles est sans doute le film d’animation le plus bouleversant du monde qui rivalise avec les plus grands témoignages sur la guerre et l’enfance, à ranger aux côtés des œuvres de Rossellini (Allemagne, année zéro) et de Ozu, et aussi de Jeux interdits de René Clément. Takahata s’est inspiré de la gestuelle et des mimiques du personnage de la petite fille – génialement – interprétée par Brigitte Fossey pour créer Setsuko. Le film est adapté de La Tombe des lucioles, nouvelle semi-autobiographique écrite en 1967 par Akiyuki Nosaka – écrivain salué par Mishima – qui a vécu enfant la plupart des drames que dépeint le film.

A l’inverse de la plupart des films d’animation Le Tombeau des lucioles cherche à atteindre le plus de réalisme possible, avec une description minutieuse des détails de la vie quotidienne, de la nature ou d’événements plus dramatiques comme les destructions provoquées par les bombes, ou les effets de la malnutrition sur le corps des enfants. Le cinéaste opte pour une vision subjective – celle de Seita – et ne nous épargne pas la découverte d’asticots sur le cadavre brûlé et couvert de bandelettes de sa mère.

C’est par ce surcroît de réalisme que le film atteint une forme de poésie paradoxale, en montrant aussi l’écart entre un paisible paysage de campagne, la lumière de l’été, la mort et la faim qui rôdent.

Bien que classifié tous publics, Le Tombeau des lucioles est fortement déconseillé aux jeunes enfants et aux personnes trop émotives. Les autres peuvent quand même préparer leurs mouchoirs. Sa tristesse dépasse les plus puissants mélodrames. L’émotion qui nous étreint rejoint plutôt celle ressentie devant des documentaires aux sujets douloureux, montrant la souffrance des enfants et leur condamnation par la folie des hommes.

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