Mauvaise Graine de Billy Wilder

ARTE rend hommage à Danielle Darrieux en modifiant ses programmes et en diffusant mercredi 25 octobre deux des grands succès publics de l’actrice française : 8 Femmes (2001) de François Ozon à 20h55 et Marie-Octobre (1958) de Julien Duvivier à 22h35. Nous continuerons de célébrer le talent de Danielle Darrieux avec la diffusion en 2018 de quelques-uns de ses meilleurs films signés Max Ophuls et Henri Decoin, à différentes périodes de sa longue et magnifique filmographie. Un autre film avec Danielle Darrieux est disponible gratuitement sur le site ARTE.tv pendant six mois (jusqu’à fin avril 2018) : Mauvaise Graine, unique film réalisé en France par Billy Wilder – dont c’est aussi le premier long métrage – entre sa fuite de l’Allemagne nazie et son départ pour Hollywood. Profitez-en car il est rare et montre l’actrice au tout début de sa carrière, encore cantonnée dans des seconds rôles et pourtant elle illumine l’écran. Sa présence unique, sa beauté et sa modernité n’ont pas attendu la rencontre avec des grands cinéastes pour sortir de l’ordinaire et s’imposer naturellement. Danielle Darrieux n’a que quatorze ans quand elle apparaît dans son premier film, Le Bal de W. Thiele en 1931. En 1934, après plusieurs rôles d’ingénues dans des productions guère mémorables, Mauvaise Graine, son septième film, lui permet d’interpréter un beau personnage et de démonter l’étendue de son talent. Mauvaise Graine marque les débuts dans la mise en scène d’un jeune cinéaste allemand qui allait quelques années plus tard rencontrer la gloire aux Etats-Unis, Billy Wilder. Le réalisateur débutant, fraichement débarqué en France, s’adjoint les service d’un autre étranger, plus expérimenté et ayant déjà signé des films dans sa patrie d’adoption, Alexandre Esway, d’origine hongroise.

Le film est une comédie policière qui suit les agissements d’une organisation secrète de voleurs de voitures dans Paris. Un fils de bonne famille, désolé par la confiscation de sa voiture par son père, se trouve mêlé par hasard aux activités illégales du gang, dissimulé derrière la façade d’un honnête garage. Il y fait la rencontre de la seule fille de la bande, Jeannette (Danielle Darrieux) dont il va tomber amoureux et de son frère avec lequel il sympathise.

Tourné avec peu de moyens, Mauvaise Graine bénéficie finalement, sur le plan esthétique, de la modestie de son budget. Wilder filme de véritables courses poursuites dans Paris, la caméra fixée sur un véhicule, loin des artifices des studios. Ce tournage en décors naturels, dans les rues de la capitale, confère à Mauvaise Graine une valeur de document sur son époque, avec un style réaliste qui rappelle que Wilder avait collaboré en 1930 au célèbre Les Hommes le dimanche, film manifeste de la nouvelle objectivité durant la république de Weimar. Moins ambitieux, Mauvaise Graine procède au mélange des genres, en intégrant des éléments de comédie loufoque à une intrigue riche en actions et en rebondissements. On constate que Wilder à l’intérieur d’un petit film de genre fait déjà preuve d’un humour et d’un esprit caustique qui éclateront plus tard dans ses grandes réussites américaines comme Certains l’aiment chaud. Mauvaise Graine est traversé de trouvailles visuelles ou de gags très originaux qui témoignent de la personnalité de Wilder, visiblement inspiré par le cinéma américain, prêt à rejoindre l’usine à rêves. Quant à Danielle Darrieux, elle est déjà, à seize ans, la parfaite « it girl » française, élégante et irrésistible, avec un charme fou capable de rivaliser avec le glamour hollywoodien.

Mauvaise Graine est également disponible en DVD depuis quelques mois, édité par Lobster.

La disparition de Danielle Darrieux, survenue le 17 octobre dans sa centième année, nous invite à conseiller la lecture d’un ouvrage récent qui retrace avec justesse et précision la vie et la carrière de cette femme admirable et de cette actrice géniale, à la filmographie éblouissante : Danielle Darrieux, une femme moderne de Clara Laurent, aux Editions Hors Collection.

Catégories : Actualités · Sur ARTE

Comments