Olivier Père

Opération peur de Mario Bava

ARTE diffuse Opération peur (Operazione paura) jeudi 9 novembre à 0h05 en version restaurée. Le film de Mario Bava, demeuré inédit dans les salles françaises, sera également disponible en télévision de rattrapage pendant trente jours sur le site d’ARTE, à l’occasion du cycle consacré au réalisateur italien.

Opération peur, moins connu que Le Masque du démon, Les Trois Visages de la peur, Le Corps ou le fouet ou Six Femmes pour l’assassin, offre sans doute la quintessence de l’art de Mario Bava, maître du fantastique européen. Le réalisateur italien apporte au cinéma gothique deux dimensions importantes, la couleur et l’abstraction. Il invente un univers entre la vie et la mort, hanté par des fantômes, des mannequins et des automates. Dans ce film réalisé en 1966 le spectre d’une petite fille, guidé par sa mère médium, se venge des villageois qui ont refusé de lui porter secours. L’intrigue sert de prétexte à Bava pour composer un poème morbide aux superbes teintes mordorées, mais aussi exprimer une misanthropie et une cruauté que l’on retrouve dans presque tous ses films. La fillette fantôme, avec son ballon blanc et sa perruque blonde est interprétée par un petit garçon. Federico Fellini se souviendra de cette apparition inquiétante dans le sketch Toby Dammit des Histoires extraordinaires, tourné deux ans plus tard, nouvelle preuve de la porosité qui existait entre cinéma populaire et cinéma d’auteur, art et artisanat, dans les studios italiens pendant l’âge d’or de la production transalpine.

Opération peur de Mario Bava

Opération peur de Mario Bava

 

 

 

Catégories : Sur ARTE

5 commentaires

  1. JICOP dit :

    Superbe exercice de style .
    Un des meilleurs films de Bava aux couleurs superbes et à la mise en scene inventive .
    Exemple estomaquant : quand le héros poursuit un inconnu à travers une maison et finit par s’apercevoir qu’il se poursuit lui-même en empruntant le meme passage .
    Comme d’habitude chez le réalisateur Italien , un soin tout particulier apporté à l’atmosphère morbide .
    Un sommet du gothique Transalpin .

    • MB dit :

      Je viens de le voir: magnifique, couleurs irréalistes et surprenantes, notamment ces surfaces vertes (le haut de l’escalier en colimaçon) absolument impossibles à justifier, dont les sources sont improbables.

  2. ballantrae dit :

    Très beau film méconnu, un vrai labyrinthe malsain et sophistiqué plastiquement.
    Vous avez mille fois raison de rappeler que cinéma dit de genre et cinéma d’auteur entretenaient des liens par delà les cloisonnements critiques idiots: Fellini avait vu et aimé ce film et en a tiré sa petite fille au ballon terrifiante de l’extraordinaire Toby Dammit, de très loin le meilleur segment des Histoires extraordinaires.
    Vous m’avez donné envie de revoir ce Fellini d’ailleurs: le début aussi y est fabuleux avec le tournage du « premier western catholique » avec un Terence Stamp blond et livide qu’on devine happé par tous les excès.
    Cinécitta vide est inquiétante dans la partie finale en auto.
    Pour revenir à Bava vantons le travail sur la couleur. Peut-être un choc visuel équivalent à Profondo rosso et Suspiria qui eux -mêmes confirmaient l’acuité d’un cinéaste esthète.

    • olivierpere dit :

      Il n’y aurait sans doute pas eu Profondo rosso, suspiria ou Inferno sans le travail préalable de Mario Bava qui avait poussé très loin les expériences chromatiques dans ses films d’épouvante en couleur.

  3. MB dit :

    D’après L Aknin (« Classiques du Cinéma Bis »), ce film a été « mis sous le boisseau » par la distribution pour laisser la place à HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, à cause du sketch de Fellini, d’où au moins sa non distribution en France.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *