Olivier Père

Le Voleur de Bagdad de Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan

ARTE diffuse Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad, 1940) dans l’après-midi du jeudi 26 octobre à 13h30. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur le site d’ARTE. Ce remake sonore et en couleur du Voleur de Bagdad (1924) de Raoul Walsh – déjà un chef-d’œuvre féérique – compte parmi les plus beaux films d’aventures jamais réalisés. Les moyens techniques et financiers mis au service de cette superproduction britannique furent gigantesques pour l’époque. Le tournage débuta dans les studios anglais de Denham mais dut se déplacer à Hollywood en raison des bombardements aériens allemands sur Londres. Comme Autant en emporte le vent réalisé un an plus tôt, Le Voleur de Bagdad est avant tout un film de producteur. Alexander Korda à la tête de London Films fut l’un des grands bâtisseurs de l’industrie britannique. Le Voleur de Bagdad entrepris à la fin des années 30 est un projet à l’ambition démesurée qui réquisitionna de nombreux talents anglais et européens. L’histoire fut développée par Miklós Rózsa, compositeur d’origine hongroise – comme Korda – qui signera aussi la musique du film.

Korda confia d’abord cette fantaisie inspirée par les Mille et Une Nuits au réalisateur allemand Ludwig Berger. Mais des divergences artistiques éclatent bientôt entre Korda et Berger. Ce dernier, également metteur en scène de théâtre et docteur en musicologie, souhaite tourner Le Voleur de Bagdad en noir et blanc pour en faire un divertissement charmant et raffiné, tandis que Korda voit le film en Technicolor et imagine un déluge de décors somptueux et de scènes spectaculaires. Les créations de Vincent Korda, responsable des décors et directeur artistique du film, abondent dans la même direction que son frère. Le contrôle du film va progressivement échapper à Ludwig Berger, dépassé par les événements. C’est à ce moment que Korda appelle en renfort Michael Powell pour commencer le tournage du film, qui prend du retard. Powell est envoyé en Cornouailles pour tourner la scène de l’apparition du génie qui sort de sa bouteille sur une plage devant Sabu, tandis que Berger prépare le tournage en studio. D’autres réalisateurs après Powell seront engagés par Korda pour tourner des parties du film. Trois sont crédités au générique, mais William Cameron Menzies – spécialiste des effets spéciaux – Zoltan Korda, l’autre frère d’Alexander et Alexander Korda lui-même participeront eux aussi aux prises de vues. Dans cette œuvre collective dirigée d’une main de maître par la fratrie Korda, il est pourtant aisé de retrouver aussi la personnalité du jeune Michael Powell, encouragé par Korda.  Powell n’a pas encore signé ses grands films en Technicolor avec son complice Emeric Pressburger mais possède déjà une solide expérience de réalisateur. Il sort du tournage de L’Espion noir produit par Korda avec Conrad Veidt, acteur allemand célèbre pour son interprétation du somnambule Cesare dans Le Cabinet du docteur Caligari, et qui incarnera le méchant sorcier Jaffar dans Le Voleur de Bagdad. La contribution de Powell est certainement essentielle à la réussite du Voleur de Bagdad, qui mêle avec un équilibre parfait la romance, le merveilleux et le fantastique. Sans temps mort et avec beaucoup d’esprit, le film glorifie l’amour, l’aventure et la liberté. La beauté et la poésie des décors, modèles réduits et peintures sur verre dépassent de loin le kitsch oriental habituel des productions hollywoodiennes des années 40. Dans ses mémoires Powell raconte qu’il prépara des scènes finalement abandonnées et réalisa trois séquences importantes filmées en extérieur, impliquant des centaines de figurants : celle du navire et de l’arrivée de Jaffar ; Sabu transformé en chien qui retrouve son apparence humaine dans le port et le raid dans le marché par les archets du calife. Le talent de conteur et le sens visuel de Powell ont rencontré le génie artisanal d’une superproduction qui marqua l’apogée grandiose du cinéma selon Alexander Korda.

 

Sabu dans Le Voleur de Bagdad

Sabu dans Le Voleur de Bagdad

Sabu dans Le Voleur de Bagdad

Conrad Veidt dans Le Voleur de Bagdad

Catégories : Sur ARTE

Un commentaire

  1. Sawyer dit :

    Ouais, en fait, il y a au moins 10 réalisateurs pour ce film… un peu comme pour les séries télé actuelles, quoi.
    J’ai vu « Le voleur de Bagdad » il y a 2 ou 3 ans : blockbuster sympa… enfin, beaucoup plus que tous les blockbusters mongoliens qui polluent les écrans, de nos jours.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *