Les Dents de la mer de Steven Spielberg

ARTE inaugure son cycle consacré à Steven Spielberg en diffusant Les Dents de la mer (Jaws, 1975) dans une version restaurée haute définition dimanche 22 octobre à 20h50. Trois autres titres emblématiques du réalisateur américains suivront, jusqu’à la fin du mois, à l’antenne : A.I. Intelligence artificielle, Empire du soleil et Duel.

Premier triomphe commercial de Steven Spielberg, Les Dents de la mer a aussi la valeur historique d’inaugurer l’ère des « blockbusters », ces films de studios distribués – en été – sur plusieurs centaines de copies simultanées afin d’engranger le maximum de dollars en un temps record. Lors de sa sortie en juin 1975, Les Dents de la mer deviendra le plus gros succès du box office américain, devant Le Parrain, et sera détrôné en 1977 par La Guerre des étoiles de George Lucas. Au-delà du phénomène de la prise du pouvoir par une nouvelle génération de réalisateurs, « wonder boys » du grand spectacle cinématographique, Les Dents de la mer est un film très atypique pour le Hollywood des années 70, qui ne prenait pas (encore) ce type d’histoires au sérieux. La production fut d’ailleurs un enfer (plus de cent jours de dépassement) en raison d’une mauvaise préparation, d’un tournage en mer et d’un requin mécanique défectueux. Spielberg retient la leçon d’Hitchcock et organise un suspens davantage centré sur les caractères (notamment le shérif Brody et sa phobie de l’eau) que sur le monstre marin, qui n’apparaît que brièvement et dans le dernier quart du film.

Les Dents de la mer raconte le surgissement d’un élément fantastique qui vient rompre l’ordre apparent d’une communauté, et incarner les peurs du personnage principal. Il s’agit d’une menace d’origine naturelle – un requin vorace – dont la dangerosité est décuplée à cause de l’inconscience de l’homme (le scénario dénonce l’avidité criminelle des politiciens de la petite station balnéaire.)

On est frappé par le réalisme des Dents de la mer, qui évacue la dimension métaphysique d’un récit à la Moby Dick pour se concentrer sur les réactions humaines et adopte un style presque documentaire. Spielberg va à l’encontre de l’esthétique carton pâte des tournages en studios des films fantastiques et catastrophes de l’époque : pas de transparences pratiques pour les difficiles séquences en mer (l’équipe s’installa sur un vrai bateau), fréquence des plans filmés à l’épaule.

La scène de la plage, où Roy Scheider assiste impuissant au mouvement de panique des baigneurs provoqué par l’irruption invisible – une vague forme noire – du requin qui avale un enfant sur son bateau gonflable, est un modèle de mise en scène reposant sur l’attente du spectateur et la litote.

A l’instar d’Alien de Ridley Scott, l’autre grand film de monstre moderne, Les Dents de la mer influencera de nombreux cinéastes, Bong Joon-ho et son The Host pour n’en citer qu’un. Il engendrera aussi une descendance pas toujours glorieuse avec une flopée d’imitations animalières, aquatiques ou pas.

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Murray Hamilton, Roy Sheider et Richard Dreyfuss dans Les Dents de la mer de Steven Spielberg

Robert Shaw dans Les Dents de la mer de Steven Speilberg

Robert Shaw dans Les Dents de la mer de Steven Spielberg

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