Olivier Père

Dead Zone de David Cronenberg

Dead Zone (The Dead Zone, 1983) de David Cronenberg ressort en salles mercredi 27 septembre, distribué par MARY-X. Excellente initiative. C’est un film formidable et un jalon important dans les carrières d’un immense cinéaste et d’un acteur génial, alors en état de grâce, Christopher Walken.

Après le grave échec commercial et critique de son chef-d’oeuvre Videodrome, Cronenberg adapte un best seller de Stephen King, pour ce qui constitue sa première véritable incursion dans le cinéma américain, même si Dead Zone est tourné au Canada pour un producteur indépendant, le grand Dino De Laurentiis. En effet, au début des années 80, les romans de Stephen King, très populaires et gros succès de libraire, ont souvent servi de joker à des cinéastes spécialisés dans le fantastique (John Carpenter, George A. Romero), marginalisés à cause de leurs ambitions, ou inquiétés par de sérieux revers commerciaux. Ainsi Carpenter va-t-il réaliser Christine après l’échec de The Thing et Romero Creepshow après celui de Knightriders. Dead Zone est donc un film de commande qui se signale par une mise en scène moins radicale qu’à l’accoutumée chez le cinéaste canadien, et une narration beaucoup plus classique. Toutefois, Cronenberg excelle dans ce premier film « grand public » dans le mélange des genres : le paranormal, le thriller paranoïaque, la science-fiction, la romance. Un jeune professeur est victime d’un grave accident de voiture qui le plonge dans cinq ans de coma. À son réveil, il découvre qu’il a développé un pouvoir exceptionnel de voyance. Est-ce un don divin ou une malédiction ? Habitué aux mystères de la chair, Cronenberg explore ici ceux de l’esprit ; son héros (Christopher Walken, angélique et bouleversant) se sacrifiera tel un nouveau Christ pour sauver l’humanité. Dead Zone dépasse les frontières du fantastique et rejoint une forme discrète de mélodrame : Dead Zone est un chemin de croix doublé d’une très belle histoire d’amour.

Dead Zone de David Cronenberg

Dead Zone de David Cronenberg

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Martin Sheen (de dos) et Christopher Walken dans Dead Zone de David Cronenberg

Catégories : Actualités

4 commentaires

  1. Sawyer dit :

    J’adore « Dead Zone », un film qui me donne envie de chialer du début jusqu’à la fin.
    C’est tellement poignant, bouleversant.
    Pour moi, c’est le chef-d’oeuvre de David Cronenberg (et aussi l’un des plus beaux films jamais réalisés)… et Christopher Walken trouve là le rôle de sa vie.

    Je sais bien que « Dead Zone » est une commande, à la base… mais il ne faut pas oublier non plus que « Le Parrain » en était une également (de commande)… et dans les deux cas, on trouve la même sobriété dans la mise en scène.

    Quant à Stephen King, c’est un écrivain assez médiocre… avec, certes, un univers fort, une imagination sans limite… mais pour l’intelligence, la sensibilité, l’écriture, la poésie, ça ne vaut pas grand-chose (je veux dire qu’on est quand même à des années lumière d’un Balzac ou d’un Proust).

    En revanche, quand un cinéaste de génie s’empare et se réapproprie l’univers de Stephen King, alors là, curieusement, ça peut devenir absolument fabuleux (Kubrick avec « Shining » et Cronenberg avec « Dead Zone »).
    Quand un grand cinéaste transforme le plomb en or.
    (J’aime bien « Carrie »… quoique ce ne soit pas, à mes yeux, le De Palma le plus inoubliable).

    Ah oui, dernière chose : la fin de « Dead Zone » est l’une des plus stupéfiantes que je connaisse au cinéma… quand Christophe Walken dit à Martin Sheen « Vous êtes fini » (c’est une fin vertigineuse comme on en trouvait dans la série télé « La quatrième dimension »).

    • olivierpere dit :

      Absolument d’accord avec vous. Ne pas oublier que la plupart des films américains sont des commandes et qu’il est assez rare que les cinéastes anglo-saxons soient à l’origine des projets qu’ils tournent… même s’ils peuvent ensuite se les approprier par la mise en scène et la réécriture du scénario, dans le meilleur des cas.

    • Baxter dit :

      Bien d’accord avec vous sur S. King. Même sans aller jusqu’à Balzac ou Proust, King est aussi à des années lumières des plus grands écrivains fantastiques américains, comme par exemple Lovecraft, dont il n’atteint strictement jamais la poésie dans l’horreur et l’imaginaire.

  2. Laurent Delouche dit :

    « The Dead Zone » est un de ces rares films qui semblent ne pas avoir vieilli. D’habitude ce sont les reconstitutions historiques qui donnent cette impression d’intemporalité. D’où vient ce sentiment ?

    Du jeu des acteurs, sobre et précis (Christopher Walken ne sombre jamais dans le pathos bien que son personnage soit soumis aux pires contingences) évoquant ainsi plus des figures (blafardes) que des personnes ?
    De la mise en scène dépouillée et linéaire (excepté pour quelques flash backs et surtout pour l’ellipse de 5 années du début du film ce qui en rend la présence d’autant plus marquante), une linéarité qui conduit implacablement John Smith vers son destin final ?

    De la photographie, froide, crue et majestueuse (la neige, les arbres captés sur la pellicule en 1982 sont les mêmes aujourd’hui et même les lieux « humains », demeures victoriennes, kiosque à musique, salle de conférence de la scène finale, n’évoquent aucune modernité) ?

    Des sujets traités universels et intemporels : la solitude, l’amour manqué, la corruption politique ?

    The Dead Zone est une tragédie au sens classique du terme : puissants de ce monde et pauvres êtres se confrontent, le sang jalonne le chemin et la mort les attend à la fin.

    Il est donc certain que The Dead Zone est le film le plus « classique » de David Cronenberg mais c’est aussi sa force. Il a pris le très bon roman de Stephen King et en a fait un Chef d’Oeuvre cinématographique.

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