Olivier Père

El Dorado de Howard Hawks

ARTE diffuse El Dorado (1966) de Howard Hawks dimanche 10 septembre à 20h55. Ce beau film a toutes les caractéristiques de l’œuvre de vieillesse d’un grand cinéaste qui n’a plus rien à prouver. Hawks bouleverse le scénario original de El Dorado pour reprendre le canevas et les éléments d’un western réalisé sept ans auparavant, le génial Rio Bravo. Les emprunts sont suffisamment habiles pour que la manœuvre passe inaperçue auprès des spectateurs. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un remake. Hawks utilise des situations ou des personnages communs aux deux films pour réaliser un western qui approfondit certains thèmes qui lui sont chers. Ainsi le stoïcisme face à la mort fait-il l’objet d’une scène magnifique où Wayne raconte au père de la victime l’incident qui a couté la vie à un jeune garçon. Comme à son habitude Hawks refuse la moindre complaisance dans le tragique et le sérieux et parsème son film d’épisodes ou de répliques humoristiques, afin de tempérer la violence et la mélancolie de l’ensemble. Hawks a 70 ans au moment du tournage et El Dorado lui offre l’occasion d’évoquer le passage du temps sur ses héros, ses acteurs et lui-même. Wayne incarne un aventurier blessé – une balle restée dans son dos peut le paralyser à tout moment – tandis que Robert Mitchum campe un shérif alcoolique, dévasté par un chagrin amoureux. Hawks décrit ses deux personnages principaux comme des infirmes et des épaves qui refusent la fatalité de la déchéance. Ce sont l’énergie et l’optimisme qui l’emportent, conformément à la morale hawksienne.

John Wayne et Robert Mitchum dans el Dorado de Howard Hawks

John Wayne et Robert Mitchum dans El Dorado de Howard Hawks

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2 commentaires

  1. MB dit :

    « Wayne raconte au père de la victime l’incident qui a coûté la vie à un jeune garçon »: ce qu’il y a de fort est aussi qu’il reproche au même père (RG Armstrong) d’être responsable de la mort de son fils alors qu’il est entouré de cinq ou six membres de la famille pas vraiment complaisants, et armés. Ce film en lambeaux (HH a malmené et le roman de Harry Brown et le scénar de Leigh Brackett) subsiste dans ces meilleurs moments: voir aussi la scène où Wayne va rendre visite au nabab qui l’a embauché pour refuser le job (et la monture de Wayne qui repart à reculons, pour que son cavalier puisse garder les bandits en vue). Arthur Hunnicutt est génial.

    (ce film a produit des discussions animées sur le blog de Tavernier entre défenseurs (un peu de mauvaise foi) et Tavernier et c’est devenu un running gag).

    • olivierpere dit :

      C’est vrai que le film est inégal. Mais la scène que vous citez – le cheval de Wayne qui se déplace à reculons – est incroyable, jamais vue à ma connaissance dans un western. Bravo au travail des dresseurs et à Wayne.

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