Olivier Père

Sept Morts sur ordonnance de Jacques Rouffio

ARTE diffuse Sept Morts sur ordonnance (1975) de Jacques Rouffio dans le cadre d’une soirée Michel Piccoli, dimanche 28 mai à 20h50.

Ce film se déroule sur deux temporalités différentes, subtilement entremêlées : le présent et les années 60. Cette forme particulière du récit permet à Rouffio et son scénariste Georges Conchon de raconter deux fois la même histoire, soit la répétition infernale d’une tragédie humaine organisée par un notable tout-puissant, patriarche d’une dynastie de chirurgiens qui règnent sur une ville de province. Cette structure particulièrement cinématographique a pourtant été dictée aux auteurs par un fait-divers. Le suicide dans les années 1960 d’un chirurgien présentant des similitudes avec le suicide d’un autre de ses confrères survenu dans la même ville, à Reims, 15 ans auparavant. Sept Morts sur ordonnance appartient à un genre en vogue dans les années 70, amorcé en France par le succès des fictions politiques de Costa-Gavras : le cinéma de dénonciation, ou les films dossiers sur des sujets historiques ou d’actualité. Les deux dimensions de l’histoire de Sept Morts sur ordonnance permettent à Rouffio de jouer sur différents tableaux. Le film n’est pas seulement un brûlot sur la corruption du monde médical et les méthodes douteuses de certaines cliniques privées, où le traitement des patients importe moins que les réseaux de pouvoir, l’élimination brutale de la concurrence et le clientélisme. Rouffio évoque aussi au travers du portrait d’un vieillard démoniaque, prêt à toutes les ignominies pour maintenir le monopole de son clan, une France rance et réactionnaire qui s’est compromise avec l’occupant sous le régime de Vichy et continue de bafouer la morale sans jamais être inquiétée. Le constat pessimiste de Rouffio et Conchon vient rappeler que des individus isolés et intègres ne peuvent rien contre les pratiques maffieuses d’un clan convaincu que l’argent peut tout acheter. Scandé par le requiem funèbre de Philippe Sarde, le film progresse comme une enquête et dévoile progressivement les différents éléments d’un terrifiant secret. Dans ces scènes de la vie de province, Rouffio mêle avec habileté la fable politique, la sociologie et l’étude de caractère. Ce film glaçant, caractéristique d’un « cinéma de qualité » qui aimait les sujets engagés, bénéficie d’une distribution exceptionnelle. Piccoli y excelle dans un rôle complexe, proche de ceux qu’il interprétait dans les films de Sautet : un homme sous pression, qui prend conscience de sa fragilité. Un an après Les Valseuses, Sept Morts sur ordonnance offre au jeune et flamboyant Gérard Depardieu alors en route vers le vedettariat et déjà au centre du cinéma français, l’un de ses premiers grands rôles. Quant à Charles Vanel, il incarne ici un salaud inoubliable, un monstre de cinéma qui trouva pourtant son inspiration dans la réalité.

Gérard Depardieu, Jane Birkin et Charles Vanel dans Sept Morts sur ordonnance de Jacques Rouffio

Gérard Depardieu, Jane Birkin et Charles Vanel dans Sept Morts sur ordonnance de Jacques Rouffio

 

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