Olivier Père

La Forteresse cachée de Akira Kurosawa

Un nouveau titre, et pas n’importe lequel, pour un coffret DVD/Blu-ray de la belle collection « Akira Kurosawa – les années Toho » proposée par Wild Side Vidéo.

La Forteresse cachée (Kakushi toride no san akunin, 1958) montre la volonté de Kurosawa de réaliser un pur film de divertissement, spectaculaire et mouvementé. Le réalisateur vient d’essuyer une série d’échecs avec des films sombres et ambitieux et entend renouer avec le succès des Sept Samouraïs.

Pour réussir un tel projet, dont le modèle d’existe pas vraiment au Japon et dont il va imaginer tous les ingrédients, Kurosawa bénéficie de moyens considérables. La Forteresse cachée est le premier film en Cinémascope de Kurosawa. Le cinéaste y fait un emploi magistral de l’écran large, avec des séquences très impressionnantes de groupes en action, de mouvements de foule ou de décors naturels grandioses. La fluidité et la vitesse des déplacements de caméra dans les scènes de violence ou de chevauchée sont elles aussi proprement sidérantes. On sent chez Kurosawa le besoin de se surpasser sur le plan technique, sans que cette virtuosité ne porte préjudice au contenu du film, où l’on retrouve les valeurs humanistes propres à son cinéma. Kurosawa aborde un thème qui lui est cher, la guerre, du point de vue de deux pauvres paysans terrorisés qui font tout pour échapper aux batailles auxquelles se livrent deux clans dans le Japon féodal du XVIème siècle. Leurs efforts pour avancer à contre-courant et se cacher pour éviter les combats sont sans cesse contrariés par le cours de l’Histoire qui les rattrape malgré eux. L’une des scènes les plus inoubliables du film les montre réduits à l’état d’esclaves, profitant d’une révolte dans un château pour échapper à leurs geôliers, noyés dans une foule terrifiée qui dégringole d’un escalier gigantesque.

princesse Yuki

Misa Uehara, la princesse Yuki de La Forteresse cachée

Tahei et Matashichi vont croiser sur leur chemin un samouraï (interprété avec sa fougue habituelle par Toshiro Mifune, photo en tête de texte) chargé de convoyer un trésor et de mettre à l’abri une jeune princesse dans une province voisine. La fièvre de l’or se greffe sur une histoire de sauvetage, et les deux lascars sont davantage obsédés par le miroitement de la fortune – et aussi la concupiscence devant le corps juvénile de la princesse – que par les jeux de stratège. La princesse Yuki, héritière du clan, est le personnage le plus étonnant du film. Avec son short et sa badine, écuyère émérite et initiée aux arts martiaux, elle apparaît comme une jeune femme moderne. Sexy en diable, elle préfigure les héroïnes de manga et d’anime à la silhouette gracile et au caractère farouche. Pour le rôle de Yuki, Akira Kurosawa choisit Misa Uehara, une jolie Japonaise alors âgée de 19 ans, dont c’est la première apparition à l’écran. Il se serait inspiré d’Elizabeth Taylor pour modeler l’apparence physique et la gestuelle de la jeune femme.

Kurosawa réalise avec La Forteresse cachée un chef-d’œuvre indépassable du cinéma d’aventures picaresques, où le souffre de l’épopée est accompagné d’une bonne dose d’humour et d’ironie. S’il n’est pas le film le plus commenté de Kurosawa, La Forteresse cachée connaîtra une postérité exceptionnelle. Son succès inspirera de nombreux imitateurs, en Asie et en Occident. On pense bien sûr au Bon, la brute et le truand de Sergio Leone devant les mésaventures de ces deux picaros cupides et désorientés plongés dans la tourmente de la guerre. La Forteresse cachée compte aussi parmi les nombreuses influences revendiquées par George Lucas pour La Guerre des étoiles où il s’agit aussi de voler au secours d’une princesse. Les deux droïdes querelleurs, témoins comiques ou protagonistes maladroits de l’action, y remplacent Tahei et Matashichi.

 

 

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