Olivier Père

La Porte du paradis de Michael Cimino

ARTE diffuse dimanche 23 avril à 20h55 un film maudit longtemps mutilé, dans sa version intégrale restaurée, pour la première fois à la télévision : La Porte du paradis (Heaven’s Gate) de Michael Cimino. cette diffusion nous permettra de rappeler l’immense talent de Cimino, disparu le 2 juillet 2016.

On connaît l’histoire. Le désastre critique et commercial du film aux Etats-Unis en 1980 obligea Cimino à en présenter une version émasculée (149 minutes au lieu des 219 du montage original, un vrai massacre), au Festival de Cannes puis dans les salles européennes.

En 1989, pour la première fois, on a pu découvrir en France le « director’s cut » du réalisateur, dont la carrière avait été brisée net par le fiasco de son œuvre la plus ambitieuse. En 2012, La Porte du paradis a eu droit à une deuxième résurrection, grâce au blu-ray et à la restauration numérique du film sous la supervision du cinéaste et du directeur de la photographie Vilmos Zsigmond. C’est cette version, considérée par Cimino comme définitive, qui est diffusée sur ARTE.

Retour sur La Porte du paradis, sans aucun doute l’un de nos films préférés.

Michael Cimino, né trop tard pour filmer les mythes fondateurs de l’Amérique met en scène sa version masochiste de la « Naissance d’une nation » bâtie sur des ethnocides.

En 1978, fort du succès de Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino peut enfin tourner sa propre version d’une page de la naissance des États-Unis, bâtis non seulement sur le génocide du peuple indien mais aussi sur les persécutions de la seconde génération d’émigrés pauvres venus d’Europe Centrale. Cimino s’inspire d’un épisode méconnu et surtout refoulé de l’histoire américaine : la guerre civile qui éclata en 1890 dans le comté de Johnson, Wyoming, et qui aboutit au massacre de populations civiles par des milices payées par les capitalistes et les gros propriétaires de la région. À la tête d’un budget colossal, à la hauteur de ses ambitions d’artiste mégalomane, Cimino aborde un sujet brûlant et ne renonce en rien à ses audaces narratives et son lyrisme, entre Ford et Visconti. Il radicalise la construction de son précédent film, et met en scène une fresque composée de trois parties inégales, blocs de temps qui confèrent à l’œuvre un rythme musical, une structure proche de l’opéra. La longueur du film (trois heures quarante) est légitimée par la densité romanesque et historique du film mais aussi sa structure qui étire les scènes de groupes, comme le bal de la remise des diplômes de Harvard en 1870, et celui sur patins à roulettes des fermiers vingt ans plus tard. En revanche, Cimino ne livre aucune explication psychologique. Il laisse volontairement planer une certaine ambiguïté sur le comportement et les sentiments contradictoires de ses personnages principaux, un trio amoureux formé par un riche intellectuel prenant parti pour les émigrés (Kris Kristofferson), une prostituée française (Isabelle Huppert, la même année que Loulou de Pialat et Sauve qui peut (la vie) de Godard !) et un tueur (Christopher Walken, photo en tête de texte, rescapé de Voyage au bout de l’enfer). Ce film sur la fin de l’idéalisme marqua aussi la fin du cinéma d’auteur américain à grand spectacle. Le public refusa la vision hyperréaliste de l’Ouest et la lecture politique de Cimino, à contre-courant du révisionnisme hollywoodien et des westerns classiques. Mise en scène grandiose, reconstitution historique impressionnante, distribution et direction artistique brillantes, scénario complexe et intelligent : il est temps, des deux côtés de l’Atlantique, de considérer La Porte du paradis comme ce qu’il est vraiment : un chef-d’œuvre.

« La Porte du paradis » par Isabelle Huppert from La Cinémathèque française on Vimeo.

Kris Kristofferson) setzt sich für die Einwanderer ein, deren Leben durch geldgierige Söldner bedroht wird. © Partisan Productions Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Kris Kristofferson dans La Porte du paradis de Michael Cimino
© Partisan Productions

Kris Kristofferson) setzt sich für die Einwanderer ein, deren Leben durch geldgierige Söldner bedroht wird. © Partisan Productions Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Isabelle Huppert et Kris Kristofferson dans La Porte du paradis de Michael Cimino
© Partisan Productions

Kris Kristofferson) setzt sich für die Einwanderer ein, deren Leben durch geldgierige Söldner bedroht wird. © Partisan Productions Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Hommage au comédien britannique John Hurt (1940-2017) inoubliable dans La Porte du paradis de Michael Cimino
© Partisan Productions

 

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6 commentaires

  1. Xavier Dussau dit :

    Bravo pour la programmation de ce film !!

  2. JICOP dit :

    Un chef d’œuvre absolu .
    Symphonie pathétique entre Griffith et Eisenstein ; fresque monumentale à la mise en scène à couper le souffle .
    On ne sait qu’en dire tant il y a de choses à dire .
    Je l’avais vu la première fois en version courte et dans une qualité épouvantable . Meme comme ça le film m’avait subjugué .
    Plus tard en version intégrale , le choc fut encore plus décisif rendant ma colère encore plus forte envers les critiques et les responsables du festival de Cannes qui n’avaient pas défendu un tel film à l’époque , le laissant s’échouer sans lui porter secours .
    Leone connut le meme sort avec  » Il était une fois en Amérique  » .
    Ces deux films arrivèrent trop tard au début des années Reagan , le public ne voulant plus de films-brulots et préférant les productions Simpson/Bruckheimer à l’ésthetique publicitaire et à la reflexion légère .
    Dix ans plus tot , le film aurait eu tous les honneurs .
    Venu trop tard , Cimino entamait son chemin de croix .
    En version intégrale à une heure de grande écoute , c’est rendre justice à ce monument .

    • olivierpere dit :

      Moi aussi j’ai découvert le film dans son montage tronqué diffusé à la télévision dans les années 80.
      Le film avait quand même été invité en compétition à Cannes en 1981. Le festival pensait peut-être que la réception européenne serait meilleure qu’aux Etats-Unis. Michael Cimino a sans doute essayé d’apporter une légitimité à la version courte qu’il avait lui-même remontée, en vain (je ne suis pas certain des raisons pour lesquelles c’est ce montage qui a été projeté : à vérifier). Au moins Cimino aura-t-il eu la satisfaction de voir son chef-d’oeuvre restauré et réhabilité avant sa disparition.

      • JICOP dit :

        Oui , c’est un fait .
        Cimino a pu voir le réhabilitation de son film , c’est déjà ça .
        J’avais 10 ans à la sortie du film , je n’ai pas de souvenirs de l’accueil Français mais il est incroyable que de telles qualités réunies sur une œuvre n’aient pas été plus défendues par les critiques ou par le jury de l’époque .
        Le film est quand meme resté des années au purgatoire .
        Quand on sait le statut qu’a ce film désormais , c’est proprement ahurissant mais ce fut le lot de bien des films dans l’histoire du 7eme art .

  3. youcef dit :

    formidable nouvelle!.pour la première fois dans sa version longue longtemps invisible. bravo a Arte et a vous Olivier Père pour le travail que vous faites qui nous permet de revoir les chefs -d’œuvre du cinéma .A quant la version longue de Il était une fois en Amérique(4h20).

    • olivierpere dit :

      Merci beaucoup Youcef. J’ai de sérieuses réserves au sujet de la version de 4h20 du chef-d’oeuvre de Leone. D’abord Leone avait décidé le montage de la version européenne, telle qu’elle fut projetée en ouverture du Festival de Cannes puis en France. Il en était très satisfait, à juste titre. Des scènes qu’il avait volontairement exclues du montage ont été rajoutées après sa mort. Certaines sont intéressantes, d’autres anecdotiques. De manière générale elles explicitent des choses restées hors champ ou floues dans le montage de 1984, qui procède beaucoup par ellipses et mystères. Par exemple la scène à la fin entre Treat Williams et James Woods, ou l’explosion de la voiture, qui ne sont pas du tout au niveau du reste du film. Je ne suis pas sûr que Leone eut jugé nécessaire d’inclure des scènes qu’il avait coupées en salle de montage, lorsqu’il était convenu que Il était une fois en Amérique serait exploité sous la forme d’un très long film, et pas deux films (comme prévu à une époque). D’autre part ces scènes rajoutées dans le montage de 2012 sont d’une qualité extrêmement médiocre sur le plan de l’image, et tranchent avec le reste du film de manière désagréable. Elles rompent l’unité esthétique du film, chose rarement faite auparavant dans le restauration de versions intégrales de films mutilés par des studios (Queen Kelly, Une étoile est née). Bien sûr ces scènes ont un intérêt pour les cinéphiles, mais je pense qu’un ajout dans des bonus de blu-ray aurait été suffisant. La version longue de Il était une fois en Amérique (qui reste l’un de mes films préférés) est selon moi contestable pour ces raisons. Elle n’a pas la même valeur que les restaurations du montage initial désiré par le réalisateur, comme c’était le cas pour Lawrence d’Arabie, Pat Garrett et Bily le Kid et bien sûr La Porte du paradis…

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