Olivier Père

Bébé vampire de John Hayes

Grâce à Artus la redécouverte du cinéma d’exploitation américain se poursuit, avec des titres rares et peu commentés réunis dans une collection très spéciale. Parmi la pléiade de films d’horreur fauchés produits dans les années 70, certains titres se distinguent par leur étrangeté. Ainsi ce Bébé vampire, dont l’affiche orna un temps la façade du Brady, salle de quartier parisienne autrefois spécialisé dans le fantastique. Le film fut aussi exploité en vidéo en France sous le mensonger et même absurde « Enfants de Frankenstein ». Le titre original de Bébé vampire est Grave of the Vampire. Le film a été réalisé en 1972 par John Hayes, cinéaste très obscur cantonné dans les productions à tout petit budget, avec le sexe et la violence pour immuables ingrédients.

Entrée dans une période de décadence après les âges d’or successifs des studios Universal à Hollywood puis Hammer en Grande-Bretagne, la figure du vampire a connu au fil des décennies des variations saugrenues et iconoclastes. Bébé vampire participe à cette surenchère dans la dégradation du mythe et invente le vampire violeur, projeté dans l’Amérique moderne.

Le film débute en effet par une séquence de meurtre et d’agression sexuelle. Venu flirter une nuit dans un cimetière, un couple est soudainement attaqué par un vampire moisi surgi de sa tombe. Alors que le jeune homme succombe sous les morsures, la jeune fille est violée par le monstre, qui reprend vite des forces. Elle tombe enceinte, refuse d’avorter et accouche finalement d’un bébé blafard au goût prononcé pour le sang.

Bien que respectueux de l’identité du long métrage, le titre Bébé vampire ne rend justice qu’à un bref moment du film : celui où la jeune mère découvre que son nourrisson a d’autres besoins que le lait pour se nourrir. Elle se scarifie la poitrine pour lui donner des gouttes de sang, puis remplit des biberons du précieux liquide. Cela ne concerne que quelques scènes, les plus saisissantes du métrage, les plus douloureuses aussi. On pourrait penser que le film de Hayes allait emprunter la voie tracée par Rosemary’s Baby de Polanski. Erreur. La suite se révèle déconcertante, et prend ses distances avec les traditions vampiriques mais aussi la simple logique. Une ellipse nous propulse une trentaine d’années plus tard, à l’époque contemporaine. Ce qui voudrait dire que le début du film se déroulait dans les années 40, bien qu’aucun effort décoratif ou vestimentaire ne nous invitât à le croire.

Le bébé vampire est devenu sans explication un solide gaillard, élève libre dans une université où enseigne le vampire qui a violé sa mère. Quelques péripéties et morts violentes plus tard, le père et le fils s’affronteront dans un terrible combat final. Les approximations, maladresses et invraisemblances de Bébé vampire ne devraient pas trop rebuter les amateurs de films fantastiques bis. Le spectacle vaut le détour, si l’on s’intéresse au vampirisme sous toutes ses formes, y compris les plus excentriques. Contemporain des films de Jean Rollin et Jess Franco tournés en Europe, Bébé vampire rappelle que le mythe du vampire avait sombré dans la marginalité ou la parodie dans le cinéma américain, avant d’être réhabilité par des superproductions comme le Dracula (1979) de John Badham ou la version de Coppola du roman de Bram Stoker en 1992. On a le plaisir de retrouver deux petites gloires du cinéma d’exploitation au générique de Bébé vampire. Michael Pataki interprète l’horrible vampire Caleb Croft. On retrouvera Pataki en Dracula dans Zoltan, le chien sanglant de Dracula (1977) de Albert Band, autre film régulièrement programmé au Brady. Le héros de Bébé vampire n’est autre que William Smith, acteur musclé et viril spécialisé dans les films de bikers, également connu pour ses apparitions chez Clint Eastwood, Francis Ford Coppola ou John Milius. Il campe ici un vampire inhabituel.

Michael Pataki dans Bébé vampire

Michael Pataki dans Bébé vampire

 

Détail surprenant, le scénariste néophyte de Bébé Vampire n’est autre que David Chase, qui poursuivra sa carrière à la télévision et deviendra en 1999 le créateur des Soprano, souvent considérée comme la plus grande série de tous les temps.

 

L’éditeur Artus propose dans les suppléments du DVD une présentation instructive d’Eric Peretti, encyclopédie vivante du cinéma bis.

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