Olivier Père

Pulsions cannibales de Antonio Margheriti

Le Chat qui fume propose une belle édition de Pulsions cannibales (Apocalisse domani, 1980) film d’horreur italien tourné aux Etats-Unis, comme c’était la coutume à l’époque, réalisé par Antonio Margheriti, spécialisé dans le fantastique et la science-fiction, et qui signa souvent ses films sous le pseudonyme de Anthony M. Dawson.

Ce film vient rappeler que cinéma bis italien ne rime pas systématiquement avec nanar et que parmi une production pléthorique aux titres racoleurs et opportunistes certains artisans étaient plus doués et plus consciencieux que d’autres.

C’était le cas de Margheriti, bon cinéaste qui signa l’un des fleurons du gothique italien avec Danse macabre, puis d’autres films très honorables dans les genres successifs abordés par le cinéma populaire transalpin des années 60 aux années 80.

En 1979, le succès du Zombie de Romero et Argento donne des idées aux producteurs italiens qui s’engouffrent dans le filon du gore désinhibé.

Pulsions cannibales vient démontrer que les contingences absurdes du commerce et de la série Z – mélanger les ingrédients du film de vétérans du Vietnam, de cannibales et de zombies – peuvent accoucher d’un excellent film d’horreur, à l’atmosphère poisseuse et nihiliste de guérilla urbaine, qui réunit les qualités des films de Romero et de Cronenberg première période à la sauce du cinéma d’exploitation italien, qui au début des années 80 n’avait vraiment peur de rien, prêt à toutes les outrances visuelles et narratives.

Sur le thème de la contamination virale, Margheriti, aidé par son scénariste Dardano Sacchetti, l’homme derrière 70 % au moins du cinéma bis italien, parvient à acclimater des motifs du fantastique gothique à un récit d’horreur moderne, absolument extravagant. Ainsi la dernière séquence transforme-t-elle l’infortuné vétéran (joué par John Saxon) en monstre romantique, résigné au sacrifice en compagnie de la femme aimée. L’autodestruction est un motif qui traverse les réussites de Margheriti.

Ce DVD permet de (re)découvrir dans un montage intégral Pulsions cannibales qui avait été censuré lors de son exploitation commerciale en France en salles et en VHS, voyant ses passages les plus sanguinolents expurgés, comme ce plan hallucinant où la caméra filme au travers d’un corps troué au niveau du ventre par une décharge de fusil à pompe. C’était dommage.

 

 

 

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