Olivier Père

Pauvres Millionnaires de Dino Risi

Les Films du Camélia distribuent en salles mercredi 3 août un long métrage de Dino Risi inédit en France, Pauvres Millionnaires (Poveri milionari, 1959), troisième partie de la série de comédies populaires initiée par Pauvres mais beaux et Beaux mais pauvres en 1957, entreprise en raison du formidable succès des deux premiers films.

On y retrouve Risi et les duettistes Massimo Franciosa et Pasquale Festa Campanile (futur réalisateur) au scénario, ainsi que la plupart des membres des équipes technique et artistique déjà présents sur Pauvres mais beaux.

Dans Pauvres mais beaux deux jeunes dragueurs romains, Salvatore et Romolo se disputaient la même fille, puis finissaient par s’intéresser à leurs sœurs respectives. Au début de Pauvres Millionnaires les deux compères enfin mariés et devenus beaux-frères partent avec leurs moitiés en voyage de noces à Florence. En raison des maladresses de Salvatore et d’actes manqués à répétition le départ en train tourne au désastre et les jeunes mariés ratent complètement leur escapade matrimoniale.

Les jeunes héros de Pauvres millionnaires apparaissent dès la séquence initiale comme des enfants mal dégrossis à peine sortis du giron familial et lancés de façon hasardeuse dans le monde des adultes. Leur installation dans un appartement moderne en banlieue, loin de leurs parents habitant Piazza Navona, au cœur de Rome, confirme cette impression. L’appartement situé à un rez-de-chaussée dans un immeuble en construction se révèle invivable, sans fenêtres ni meubles et en pleins travaux. Plus encore que dans les films précédents Salvatore est présenté comme un véritable empoté, gaffeur et incompétent, suscitant la consternation de son épouse et de son meilleur ami à chacune de ses initiatives. Avec ce troisième film Risi et ses coscénaristes changent de registre. Ils atténuent la chronique sociale et l’étude de mœurs – toujours présentes – pour amplifier les effets comiques, les quiproquos et les gags burlesques. Le coup sur la tête qui provoque l’amnésie de Salvatore ne le rend pas plus intelligent mais lui permet en quelque sorte de traverser le miroir et de découvrir la haute société, passant du statut de petit employé à directeur du grand magasin où il travaillait avec son ami Romolo. Ce postulat improbable rompt avec le néoréalisme rose et se rapproche de la fantaisie des comédies américaines. Risi enchaîne les situations irrésistibles nées du décalage permanent du comportement lunaire de Salvatore propulsé dans l’univers luxueux de l’aristocratie industrielle de Rome, tandis que Romolo continue à patauger dans la mouise. Les problèmes d’argent, de logement, les désillusions professionnelles… Risi parle encore de la société italienne et des problèmes des nouvelles générations, mais il le fait sans se prendre au sérieux ni appuyer ses intentions satiriques. Pauvres Millionnaires permet à Renato Salvatori de donner libre cours à sa verve comique dans le rôle de Salvatore, avec un festival de mines ahuries. Dans ce troisième film de la série Renato Salvatori se détache enfin de ses camarades, s’empare du devant de la scène. Sylva Koscina, toujours aussi séduisante, est très drôle en héritière farfelue qui s’amourache de Salvatore. Pauvres Millionnaires vient clore la période inaugurale de la filmographie de Risi, légère et insouciante, avant que le réalisateur n’exprime sa mélancolie ou sa cruauté dans des comédies grinçantes (Le Veuf, réalisé la même année) ou des drames plus intimes (L’Inassouvie en 1960, son premier chef-d’œuvre). C’est un feu d’artifice d’humour et d’énergie, une comédie sans prétention mais où l’on ne s’ennuie jamais, et qui possède un charme fou. C’est surtout un film où l’on sent constamment le plaisir qu’on put prendre ses auteurs et ses acteurs sur le tournage, et aux différentes étapes de sa fabrication. Un plaisir communicatif, demeuré intact, et que l’on peut enfin partager et savourer cet été dans les salles obscures. Mieux vaut tard que jamais, et bravo pour cette initiative qui réjouira les amoureux de la comédie italienne.

 

 

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6 commentaires

  1. Strum dit :

    Bonne nouvelle, Risi a fait tellement de beaux films.
    Strum

    • Regnault dit :

      Tout à fait d’accord. « La chambre de l’évêque » par exemple, avec Patrick Dewaere sur les rives du lac Majeur…

      • olivierpere dit :

        …Et un Ugo Tognazzi particulièrement grandiose. Le film compte parmi les réussites de Risi dans les années 70, à redécouvrir, avec Ames perdues, Cher Papa, Au nom du peuple italien…

  2. Christophe dit :

    bonjour,

    savez-vous pourquoi le distributeur n’a pas sorti le deuxième volet?

    Christophe (https://filmsnonutc.wordpre

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