Olivier Père

Cent Dollars pour un shérif de Henry Hathaway

ARTE diffuse dimanche 1er mai à 20h45 Cent Dollars pour un shérif (True Grit, 1969) de Henry Hathaway.

Adapté d’un roman publié l’année précédente par Charles Portis, Cent Dollars pour un shérif est l’avant-dernier western du Henry Hathaway, grand spécialiste de l’action. Comme d’autres films tardifs de cinéastes vétérans réalisés à la fin des années 60 Cent Dollars pour un shérif porte en lui les stigmates du déclin du classicisme hollywoodien. Sa longueur, sa violence certains effets photographiques propres à son époque – Lucien Ballard signe aussi les images de La Horde sauvage la même année – font du film de Hathaway un bon exemple de l’Ancien Hollywood soucieux de se mettre au goût du jour, mais pas trop. On retrouve au générique le producteur Hal Wallis dont la fin de carrière témoigne de la volonté de cibler les jeunes – les films avec Elvis Presley – tout en ménageant avec des vieilles recettes un public plus conservateur. Cent Dollars pour un shérif vient rappeler que Hathaway, célèbre pour son comportement tyrannique sur ses plateaux, ne portait pas un regard particulièrement bienveillant sur les nouvelles générations avides de prendre le pouvoir à Hollywood, devant et derrière la caméra. Son dernier western en 1971 Quand siffle la dernière balle est un bel exemple de film anti jeune (tous les méchants, psychopathes sans foi ni loi, sont moins âgés que le héros Gregory Peck). Les violents conflits entre Hathaway et le débutant à forte tête Dennis Hopper – Cent Dollars pour un shérif est son dernier film « à l’ancienne » la même année que le tournage de Easy Rider – sont demeurés célèbres.

Cent Dollars pour un shérif restera le film qui permit à John Wayne, à l’âge de 62 ans et au soir de sa longue et magnifique carrière, d’obtenir son premier et unique Oscar. Le statut de mythe américain auquel John Wayne accéda grâce à ses rôles de cow-boys a longtemps occulté les qualités et la subtilité de son jeu, sous la direction de John Ford et Howard Hawks bien sûr, mais pas seulement. Acteur longtemps sous-estimé, John Wayne valait beaucoup mieux que sa réputation monolithique. Il est bouleversant dans L’Homme tranquille, La Charge héroïque, ou Le Réveil de la sorcière rouge de Edward Ludwig. Il méritait déjà un Oscar pour La Prisonnière du désert. Son personnage dans Cent Dollars pour un shérif est aux antipodes de ceux qu’il interpréta dans les westerns ou les films de cavalerie des années 40 et 50. Incarnation de l’intégrité et de la pudeur, Wayne se délecte ici d’un rôle de composition avec Rooster Cogburn, shérif borgne, alcoolique, brailleur et à la moralité douteuse. Cette vieille baderne de Cobgurn permet à Wayne se s’adonner enfin aux plaisirs d’un cabotinage décomplexé, lui qui fut si souvent bridé par un Ford ou un Hawks réfractaires à ce genre de pitreries. Ce numéro savoureux et réussi va conquérir les faveurs du public au point que Wayne reprendra le personnage de Cogburn dans Une bible et un fusil, réalisé en 1975 par Stuart Millar, aux côtés de Katharine Hepburn (film gériatrique inférieur au western de Henry Hathaway).

John Wayne dans Cent Dollars pour un shérif © Paramount Pictures

John Wayne dans Cent Dollars pour un shérif
© Paramount Pictures

 

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3 commentaires

  1. Joël dit :

    Bonjour Oliver,
    N’étant pas particulièrement un amateur de westerns, je dois admettre que ce ‘True Grit’ est excellent et m’a marqué dès sa première vision à la télé étant enfant (notamment la scène de la fosse aux serpents). C’est peut-être justement parce que ce film se démarque d’un genre alors sur le déclin, symbolisé par un John Wayne vieillissant et à contre-emploi. On peut interpréter le parcours initiatique/cathartique de Mattie Ross et du Marshal Cogburn comme un signe de cette évolution. Au-delà du voyage et de l’aventure, on appréciera aussi la verve des personnages aux caractères bien trempés. En comparaison, le remake des frères Coen m’avait beaucoup déçu, malgré l’admiration que j’ai pour eux et pour Jeff Bridges.

    Cordialement,

    • olivierpere dit :

      Je crois qu’on a tous été marqué par la scène de la fosse aux serpents quand on a vu enfant ce film à la télévision. Bon western tardif supérieur à ce qu’a pu faire Wayne à la fin de sa carrière avec Burt Kennedy ou Andrew McLaglen je pense. Le remake des frères Coen ne m’avait pas passionné non plus : il était sans doute plus fidèle au roman mais l’interprétation de Jeff Bridges n’était pas aussi forte que celle du Duke.

  2. Dylan dit :

    Ces westerns américains du tout début des années 70 ont vraiment quelque chose du western européen de la décennie précédente. Dommage qu’il n’y ai pas eu de collaboration pour des westerns entre les italiens et les américains à cette époque je pense qu’on aurait pu voir de très grands films.

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