Olivier Père

Cría cuervos de Carlos Saura

ARTE diffuse lundi 29 février à 23h55 Cría cuervos (1976) de Carlos Saura, un film espagnol qui a marqué son époque et la cinématographie de son pays.

Drame psychologique réalisé durant les dernières années du franquisme moribond (on y aperçoit un graffiti mural au sujet du retour de Juan Carlos), Cría cuervos propose une allégorie du régime du Caudillo au travers l’histoire d’une famille bourgeoise espagnole, avec père militaire coureur de jupons, mère aliénée et trois petites filles qui grandissent dans un monde sclérosé. Le film adopte particulièrement le point de vue d’Ana, neuf ans, qui assiste à l’agonie de sa mère et fantasme quelques années plus tard le meurtre de son père retrouvé mort dans son lit après une étreinte furtive avec sa maîtresse. Les sales petits secrets des parents observés par une fillette imaginative, le deuil et la découverte de la mort, une atmosphère confinée et morbide – on ne quitte presque jamais la demeure familiale madrilène étouffante de souvenirs et de fétiches – constituent le riche terreau symbolique d’un film qui ambitionne de psychanalyser un pays tout entier et d’explorer la psyché de femmes à différents âges de leurs vie (Géraldine Chaplin interprète la mère mais aussi Ana adulte lors de confessions devant la caméra.) Le cinéaste mélange souvenirs, rêveries et visions, pulsions enfantines de meurtre, bouscule la chronologie des faits et parvient à créer une œuvre comparable à certains films de Bertolucci (Le Conformiste), Malle (Le Souffle au cœur) et pourquoi pas Bergman (Cris et Chuchotements) réalisés à la même époque, sans oublier bien sûr la figure tutélaire de Luis Buñuel. Soit la fine fleur du cinéma d’auteur européen des années 70, volontiers provocateur, antibourgeois et freudien, mais attaché à une certaine forme de classicisme (voire d’académisme) y compris dans sa volonté de rupture esthétique et politique. C’est particulièrement le cas de Saura qui signe un brûlot anti-franquiste dissimulé sous de prudentes métaphores, jouant au chat et à la souris avec la censure tout en étant désigné par l’Etat pour représenter une Espagne jeune, moderne et libérée dans les grands festivals internationaux et exporter une image talentueuse du cinéma national. Le titre du film est emprunté au début d’un proverbe espagnol « qui élève des corbeaux aura les yeux crevés. » Sentence qui renvoie aussi bien à la relation entre les enfants et les parents, l’avenir de l’Espagne et la carrière de Saura, cinéaste à la fois dissident et officiel qui profita brièvement du « dégel » franquiste et perdit beaucoup de son inspiration avec le retour de la démocratie.

 

Composée en 1974 par José Luis Perales, la chanson « Porque te vas » ne connaitra le succès populaire que grâce à son utilisation dans Cría cuervos. Interprétée par la chanteuse Jeanette, elle devint rapidement l’une des chansons les plus célèbres du cinéma contemporain.

Ana Torrent dans Cría Cuervos

Ana Torrent dans Cría Cuervos

 

La petite Ana Torrent prête son visage triste et ses grands yeux noirs au personnage d’Ana. La fillette avait été remarquée par Saura dans L’Esprit de la ruche de Victor Erice, l’autre grand film espagnol des années 70, quand elle n’avait que 7 ans.

 

Cría cuervos est également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE+7.

 

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7 commentaires

  1. Michel BLANC dit :

    With « 2001, A space odyssey », this the second movie I would never have got any clue about without proper explanations & comments from some critics.

    In fact, this is more an ‘atmosphere’ movie than a tale. It transmits the oppressing feelings emanating from a gone, dark era for Spanish people. Is it enough to get a full picture of the wider topic? Certainly not.

    But this movie is regarded as a unique milestone to understand contemporary Spain. And I have never been advised about many others, so it has to be respectuously taken for ‘the’ reference in this matter…

    Speaking about other Spanish movies…

    Who could identify for me this one, relating the rise & fall of an obscure scumbag, getting hold on a banker’s daughter to achieve his thirst for money and glory. He builds a residential tower on a seaside, probably Costa del Sol, that ends in the bankruptcy of the father, the rude rejection of the girl and finally, his own demise…

    (One clue: during his rising, the crazy guy wears two Rolexes to flash his sudden -and short lived- wealth). I think thie movie aired on Arte around 15 years ago. Any idea?

    • olivierpere dit :

      No idea, sorry. Have you find the title since?

      • Michel BLANC dit :

        Thanks for caring Mr Pere.

        No, I didn’t spot that mysterious TV movie yet (I have the feeling now it was filmed in B&W), nor didn’t inquire any further. I know I will certainly find any other day, thanks to the internet that demultiplicates odds of finding anything we look for…

        I work part time for Google and also expect it will help me refining my personal searches 😉

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    Lecture en miroir :
    http://lemiroirdesfantomes….
    Et ce que vous écrivez sur le dernier Nichols fait aussi penser à Sugarland Express…
    Bon week-end cinéphile, Olivier.

    • olivierpere dit :

      Merci pour votre texte. Je suis en train de découvrir les films de Saura des années 70 : beaucoup aimé Peppermint Frappé. Oui on pense à Sugarland Express devant Midnight Special, et on regrette les qualités du film de Spielberg. Bon week-end cinéphile à vous aussi, op

  3. Michel BLANC dit :

    Thanks for caring Mr Pere.

    No, I didn’t spot that mysterious TV movie yet (I have the feeling now it was filmed in B&W), nor didn’t inquire any further. I know I will certainly find any other day, thanks to the internet that demultiplicates odds of finding anything we look for…
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