Olivier Père

Le Labyrinthe des passions de Pedro Almodóvar

Afin de rendre hommage à David Bowie ARTE bouleverse ses programmes de la soirée du mercredi 13 janvier. Le Labyrinthe des passions (Laberinto de pasiones, 1982) de Pedro Almodóvar sera diffusé ultérieurement.

Deuxième long métrage de Almodóvar, Le Labyrinthe des passions impose le jeune cinéaste comme le pape underground de la movida madrilène. Sous ses dehors de film trash et provocateur Le Labyrinthe des passions démontre que nous avons déjà affaire à un vrai cinéaste et pas seulement à un trublion déchainé. Certes le film déploie une frénésie d’invention avec un scénario aux rebondissements délirants, de nombreuses intrigues parallèles, une foule de personnages et des digressions incongrues, en phase avec l’effervescence créatrice et l’absence de tabous de la Movida. Mais cette ronde témoigne d’une virtuosité précoce de la part de Almodóvar, qui élabore une sorte de film gigogne. Sexe, drogue et punk rock sont au programme de ce manifeste du début des années 80 à Madrid. La jeunesse espagnole se libère et s’éclate à la fin de la période de transition démocratique, après le joug étouffant du franquisme. Almodóvar et sa troupe s’en donnent à cœur joie. Le Labyrinthe des passions évoque aussi bien le John Waters première période, avec ses travestis et ses obsessions scatologiques que le jeune Fassbinder et son projet cinéphile de parler des mutations sociales de son pays par le prisme de sa vénération du cinéma américain. Le Labyrinthe des passions n’est pas un film potache, c’est un mélodrame à la construction beaucoup plus organisée qu’il n’y paraît sur les thèmes de la circulation – et de l’assouvissement – du désir, de la transgression morale et sexuelle et de la recherche de l’amour. Le film réserve de nombreuses surprises et de grands moments de mise en scène. Comme Fassbinder Almodóvar se souvient de Douglas Sirk, de John Stahl, des mélos hollywoodiens et des « women’s pictures » de première et de seconde classes. Le cinéaste invente un nouveau glamour, avec son propre star system – Cecilia Roth, Antonio Banderas dans son premier rôle – et autant de « character actors », personnalités exubérantes et warholiennes, pour animer son film d’une énergie folle et dévastatrice.

Le Labyrinthe des passions de Pedro Almodóvar

Le Labyrinthe des passions de Pedro Almodóvar

Le Labyrinthe des passions de Pedro Almodóvar

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