Olivier Père

Les Sans-Espoir de Miklós Jancsó

Les Sans-Espoir

Les Sans-Espoir

La Cinémathèque française propose jusqu’au 30 novembre une rétrospective Miklós Jancsó avec l’intégralité de sa filmographie, tandis que mercredi 11 novembre Clavis Films a réédité en salles et en version restaurée l’un des chefs-d’œuvre du cinéaste hongrois, Les Sans-Espoir (Szegénylegények, 1965), titre qui marqua le début de sa reconnaissance internationale après quelques longs métrages et de nombreux courts réalisés à partir de 1950. Tout au long de sa carrière Jancsó n’a eu pratiquement qu’un seul sujet, l’histoire de son pays. Le cœur de son œuvre se concentre autour de la période située entre la seconde moitié du XIXème siècle et le début du XXème, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. A savoir la Révolution hongroise de 1848, suivie des luttes sanglantes entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, des insurrections paysannes et de leurs répressions. Pour évoquer ces révoltes brisées de manière allégorique – elles symbolisent la lutte du prolétariat et les dictatures modernes – Jancsó va inventer une forme cinématographique qui évacue la figure du héros ou de l’individu pour filmer le collectif : paysans, insoumis, prisonniers et soldats constituent un chœur où s’exprime la voix d’un ou plusieurs groupes. Délaissant vite un découpage et une grammaire visuelle classiques Jancsó va réaliser à partir des Sans-Espoir des films constitués de longs plans-séquences mobiles qui évoluent d’un groupe à l’autre dans des décors extérieurs, enregistrant dans des chorégraphies virtuoses dialogues et déplacements des corps dans l’espace, tandis que des compositions circulaires symbolisent des structures d’enfermement et de tyrannie. Ceux que l’on surnomme « les sans-espoir » sont des individus ayant participé à la révolution hongroise de 1848. Au lendemain du Compromis austro-hongrois de 1867 qui établit la double monarchie de l’Autriche-Hongrie, remplaçant l’empire des Habsbourg, ils sont pourchassés sans relâche. Ceux qui sont arêtes sont instrumentalisés par l’armée qui les incitent à la délation. C’est cette stratégie de manipulation et de trahison qui est mise en scène par Jancsó dans Les Sans-Espoir, comme une ronde tragique où l’on passe d’un personnage à un autre, parfois dans le même plan. Dans Les Sans-Espoir, on a pu voir un pouvoir dictatorial et brutal écraser toute forme de rébellion. Pour les spectateurs hongrois, l’histoire du long métrage a fait écho à l’insurrection de Budapest qui eut lieu en 1956 et qui fut réprimée dans le sang par l’URSS. Dans ses films suivants, Jancsó ajoutera à ses dispositifs scéniques – sortes de représentations théâtrales en plein air – des chansons et musiques diégétiques, extraites du folklore hongrois – ou des chants révolutionnaires, et inventera une forme inédite de cinéma musical et politique (voir Psaume rouge, son chef-d’œuvre en couleurs, réalisé en 1972.) La nudité féminine y tiendra une place de plus en plus importante. Une nudité davantage libertaire et allégorique que strictement érotique, et participant à une esthétique de l’insoumission. Pour ceux qui ne pourront assister aux projections à la Cinémathèque Clavis Films propose un coffret DVD réunissant dix titres majeurs de Miklós Jancsó, tandis que Malavida a édité en DVD Ah ça ira! (1968), autre film ballet essentiel dans la carrière de ce cineaste à redécouvrir après un trop long et injuste purgatoire.

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