Olivier Père

Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa

Vers l’autre rive (Kishibe No Tabi) de Kiyoshi Kurosawa sort le 30 septembre, distribué par Version Originale / Condor, après avoir remporté le prix de la mise en scène de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes.

A l’occasion de la sortie de ce nouveau film, une rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa est organisée en sa présence à Paris du 16 au 22 septembre, au Reflet Médicis, avec la projection de huit films accompagnés par des critiques et cinéphiles. Je présenterai Cure le lundi 21 septembre à 19h45

Après une longue accalmie causée par l’échec au Japon de son pourtant superbe Tokyo Sonata, Kiyoshi Kurosawa a repris depuis sa minisérie exploitée en salles en France Shokuzai son trépidant rythme de travail, avec des résultats artistiques admirables. Alors que son film français La Femme de la plaque argentique est en post production, Kurosawa avait réalisé au Japon l’été dernier Vers l’autre rive, traversé par l’un de ses thèmes de prédilection, la relation entre le monde des morts et celui des vivants. Succédant aux inquiétants ectoplasmes de Kaïro ou de Séance, porteurs d’angoisse et de culpabilité, le fantôme de Vers l’autre rive propose une nouvelle déclinaison du revenant, non plus sur le mode de l’inquiétude ou de l’effroi mais au contraire de l’harmonie retrouvée. Yusuke (Tadanobu Asano), le mari de Mizuki (Eri Fukatsu) s’est noyé il y a trois ans. Un beau jour, il fait sa réapparition dans la vie de Mizuki, sans que cette dernière ne s’en étonne outre mesure. Ensemble, ils vont entreprendre un voyage à travers le Japon, afin de conduire Yusuke vers la mort définitive.

Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa

Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa

Histoire d’amour en forme de road movie adaptée d’un roman de Kazumi Yumoto, Vers l’autre rive délaisse le fantastique pur pour le mélodrame, avec un ton plus apaisé que d’habitude de la part de Kurosawa. Le cinéaste raconte comment les liens amoureux entre une femme et son mari perdurent au-delà de la vie, dans des espaces qui délaissent l’architecture urbaine au profit de paysages bucoliques. C’est une véritable géographie intime et mentale, à l’échelle d’un pays insulaire et brumeux, que le cinéaste perce à jour. La réduction d’une vie et d’une relation conjugale au temps d’un voyage, avec ses ralentissements, accélérations et retours en arrière permet d’évoquer, sur un autre registre, Voyage à deux de Stanley Donen. Là aussi l’apparent classicisme de la mise en scène de Kurosawa, majestueuse et tranquille, dissimule une sismographie émotionnelle dont on ressort bouleversé.

Kiyoshi Kurosawa, Etsuko Ichihara et Naomi Kawase à Cannes

Kiyoshi Kurosawa, l’acteur Masatoshi Nagase et Naomi Kawase à Cannes

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *