Olivier Père

Dracula contre Frankenstein de Tulio Demicheli

Artus édite le 1er septembre en DVD dans sa collection vouée au fantastique espagnol cette curiosité vue pour la première fois au cinéma Le Brady, légendaire salle du Xème arrondissement où elle était régulièrement projetée en double programme avec d’autres titres du même tonneau. Souvenirs d’odeurs de merguez frites et de diverses secrétions corporelles dans une salle permanente mal famée étroite et toute en longueur, avec un écran carré, qui proposait chaque semaine des copies 35 mm fatiguées à des spectateurs non moins hagards au milieu desquels se glissaient quelques cinéphiles étudiants passionnés par les films étranges et improbables. C’est au Brady que nous découvrîmes les classiques vénéneux du gothique transalpin. Etrange et improbable, ce Dracula contre Frankenstein (Los Monstros del Terror, 1970) l’est à plus d’un titre. Véritable tambouille cinématographique Dracula contre Frankenstein propose un mélange d’horreur et de science-fiction, inspiré de House of Frankenstein dans lequel un extra-terrestre venu d’une planète en voie d’extinction (Michael Rennie dans son dernier rôle), flanqué de deux acolytes prend apparence humaine et exhume les monstres du patrimoine dans un laboratoire secret (le vampire, la momie, le loup-garou Waldemlar Daninski interprété par Paul Naschy également auteur de cette histoire à dormir debout, un cousin éloigné de la créature de Frankenstein) pour conquérir la Terre. Drôle de projet, qui se soldera bien sûr par un fiasco. Les Aliens apprendront trop tard que les passions humaines sont plus fortes que leurs vils desseins. On est devant un bel exemple de cinéma forain – le film débute d’ailleurs dans un luna park de place de village où le sérieux des dialogues pseudo scientifiques des extra-terrestres camouflés contraste avec la banalité des images qu’on nous montre. L’extrême pauvreté du film permet ainsi des raccords d’un mauvais goût surprenant, comme le recours à de véritables images chirurgicales pour représenter une opération à cœur ouvert, perdues au milieu de trucages et de maquillages carnavalesques. Les amateurs de cinéma bis se sont souvent moqués de ce nanar sans complexe à ne pas confondre avec les films éponymes de Jess Franco et de Al Adamson produits à la même période. Le titre français est d’ailleurs mensonger puisque Dracula et Frankenstein ne se battent jamais dans le film, alors qu’on assiste à un poilant « mano a mano » entre le loup-garou et la momie qui finit sa performance en omelette flambée dans des catacombes. Les noms de Dracula et Frankenstein ne sont d’ailleurs jamais cités, la créature de ce dernier étant avantageusement remplacé par « le monstre de Farancksalan » !

Le loup-garou contre la momie dans Dracula contre Frankenstein...

Le loup-garou contre la momie dans Dracula contre Frankenstein…

La carrière de Hugo Fregonese, talentueux cinéaste argentin qui signa de très beaux films à Hollywood avant de travailler en Europe atteint ici son nadir, on se demande comment il put accepter un projet aussi farfelu. Fregonese abandonna cette série Z italo-germano-espagnole au milieu du tournage lorsque l’argent vint à manquer. Le film fut terminé et signé par le tâcheron Tulio Demicheli, lui aussi de nationalité argentine.

 

 

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