Olivier Père

Deux Hommes dans la ville de José Giovanni

Dans le cadre du plan de restauration de son catalogue Pathé propose depuis le 1er Juillet en DVD, Blu-ray, VOD et téléchargement définitif Deux Hommes dans la ville (1973) de José Giovanni, dernier film à réunir Jean Gabin et Alain Delon (photo en tête de texte), déjà à l’affiche ensemble de Mélodie en sous-sol et du Clan des Siciliens signés Henri Verneuil.

Alain Delon dans Deux Hommes dans la ville

Alain Delon dans Deux Hommes dans la ville

C’est un film que j’ai toujours aimé, un peu malgré moi, car c’est un drame humain poignant avec des situations et des dialogues inoubliables. On y retrouve les deux plus grandes vedettes françaises dans des rôles sensiblement différents de ceux qui établirent leur gloire personnelle auprès du public. Delon interprète Gino, un braqueur repenti décidé à réussir sa réinsertion sociale en travaillant honnêtement et en menant une existence en couple et sans histoire après une peine de dix ans de prison. Il se lie d’amitié avec Germain Cazeneuve (Gabin), figure paternelle en ancien inspecteur de police reconverti en éducateur de délinquants, qui l’a beaucoup aidé moralement pendant sa détention. Cazeneuve est la voix de Giovanni qui dénonce les conditions de vie dans les prisons, le sort réservés aux détenus de droit commun pendant et après leur incarcération, et enfin la peine de mort, inhumaine et barbare. Sans faire de Deux Hommes dans la ville un pamphlet, Giovanni exprime ses convictions avec beaucoup de force. Gino n’est pas tant un antihéros tragique rattrapé par son destin qu’une victime du hasard et de la malchance. Il ne sombre pas par fatalité mais à cause du mauvais sort et de l’acharnement pathologique d’un flic prêt à tout pour le renvoyer sous les verrous. L’inspecteur Goitreau, formidablement interprété par Michel Bouquet, est une réincarnation de Javert dans la France des années 70, en plus vicieux. Delon (également producteur du film, alors qu’il s’était publiquement exprimé en faveur de la peine capitale) est remarquable en animal blessé en quête d’amour et de stabilité, capable d’exprimer la détermination mais aussi la fragilité de son personnage, tandis que Gabin vieillissant surprend par la sobriété de son jeu, explicable en partie par la fatigue de l’acteur sur le point de quitter définitivement la scène. Ce film caractéristique d’un honnête cinéma commercial français dans les années 70 est sans doute le meilleur titre de Giovanni en tant que cinéaste, avec Dernier Domicile connu. Loin d’être un styliste, il accomplit ici des moments très forts de mise en scène, austères et glacés, comme la séquence finale de l’exécution. Un peu de sociologie, beaucoup de star system d’hier et de demain (voir le face-à-face entre Delon et un Depardieu débutant), de la rigueur dans la fabrication et pas mal de colère. On y retrouve la société française de l’époque (le film nous balade de la Seine-et-Marne à Montpellier), avec ses archaïsmes, sa confortable tranquillité mais aussi une forme de veulerie.

C’est la musique de Philippe Sarde, inattendue, qui transforme ce film d’hommes en mélodrame lacrymal, soulignant l’impossibilité de la paix et de l’amour pour un ancien voyou.

 

 

 

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