Olivier Père

Fargo de Joel Coen

ARTE consacre une soirée spéciale à Joel et Ethan Coen, présidents du jury du 68ème Festival de Cannes en diffusant deux de leurs meilleurs films, présentés et primés à Cannes, dimanche 17 mai : Fargo à 20h45 et Barton Fink à 22h20. Joel en signe seul la mise en scène, tandis que Ethan se contente comme à son habitude du poste de coscénariste, mais les deux frères sont bel et bien seuls maîtres à bord, et il leur serait bien difficile d’envisager de faire du cinéma l’un sans l’autre.

Le film débute sur un mensonge : l’histoire que les frères Coen vont nous raconter, soit disant inspirée d’un fait-divers, a été totalement inventée par eux. Fargo (1996) s’inscrit dans la longue généalogie du cinéma criminel américain, comme leur premier film Sang pour sang en 1984, mais aussi dans une tradition fabulatrice qui est aussi celle de Orson Welles, avec des longs métrages qui accordent aux mots, à la performance des acteurs et à une certaine maestria narrative une importance primordiale.

Un pauvre – et sale – type (formidable William H. Macy) qui veut investir dans l’immobilier engage deux truands pour kidnapper sa propre épouse car son beau-père est très riche et il pense qu’il va payer la rançon pour la libération de sa fille. Mais absolument rien ne va se passer comme prévu…

Fargo est film sur la malchance poussée jusqu’à l’absurde, sur le conflit entre la banalité de l’existence et un enchaînement incontrôlable de morts violentes. Une étrangeté familière imprègne tout le film, nourri des valeurs de l’Amérique – Le Minnesota où se déroule l’action est sensé être l’état le plus poli des Etats-Unis, mais cela cache une répression terrible de la violence, toujours prête à exploser. Fargo est une tranche saignante et rigolarde d’Americana, qui cultive une esthétique de la banalité et aussi de la neige – les étendues blanches du paysage rendent encore plus impressionnantes les giclées de sang qui scandent le récit.

Steve Buscemi dans Fargo

Steve Buscemi dans Fargo

Auteurs 100% américains sans aucune référence culturelle exogène les frères Coen sont les bardes de l’Amérique profonde, en particulier de ce Midwest où les frères ont grandi – ils sont natifs de Minneapolis, Minnesota et Fargo s’évertue à restituer l’accent et les expressions langagières cocasses des habitants de cet état réputé pour ses lacs et ses réserves naturelles.

Fargo se caractérise avant tout par sa galerie personnages excentriques, inquiétants ou stupides (ou les trois à la fois) tels ce duo de gangsters psychopathes, un petit bavard agité (Steve Buscemi) et une grande brute taiseuse (Peter Stormare) dont le comportement erratique et les querelles vont déclencher la majorité des catastrophes qui se succèdent dans le film.

Comme souvent dans la première moitié de la filmographie des frères Coen ce conte de la folie ordinaire se pare d’une fascination amusée pour l’idiotie sous toutes ses formes. Au milieu de cette nasse d’hommes sans qualités surnage une femme à l’intelligence et au professionnalisme extraordinaires, shérif enceinte jusqu’aux yeux qui mène l’enquête après la découverte des premiers meurtres.

Ce personnage débonnaire allie gentillesse non feinte, détérmination et esprit de déduction infaillible, véritable Colombo au féminin merveilleusement interprété par Frances McDormand, qui remporta un Oscar bien mérité pour ce rôle…

Frances McDormand dans Fargo

Frances McDormand dans Fargo

 

 

 

 

 

 

 

 

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