Olivier Père

Que le spectacle commence de Bob Fosse

ARTE diffuse lundi 2 mars à 22h20 Que le spectacle commence (All That Jazz, 1979) de Bob Fosse, Palme d’or au Festival de Cannes en 1980, ex-æquo avec Kagemusha, l’ombre du guerrier de Akira Kurosawa.

Largement autobiographique, le film dresse le portrait de Joe Gideon, un chorégraphe et metteur en scène perfectionniste et surmené, partagé entre le cinéma et Broadway, en train de monter son dernier long métrage – les extraits évoquent le précédent film de Fosse Lenny réalisé en 1974 – et de diriger les répétitions de son prochain spectacle. Séducteur impénitent, époux infidèle, dépendant aux pilules, à l’alcool et à la cigarette, Gideon se consume et s’épuise au travail. Victime d’un infarctus, il dialogue avec la mort – sous la forme d’une belle jeune femme vêtue de blanc – et revoit des épisodes de sa vie, la réalité et le spectacle finissant par se confondre dans un état de rêve éveillé et d’agonie comateuse.

Roy Scheider dans Que le spectacle commence de Bob Fosse

Roy Scheider dans Que le spectacle commence de Bob Fosse

Bob Fosse filme admirablement le travail d’un artiste à la tête de sa troupe, ses moments d’angoisse et d’euphorie, et surtout sa solitude. L’onirisme du film est savamment dosé avec des annotations réalistes sur le monde impitoyable du show business. Dans le rôle de Gideon véritable alter ego de Fosse jusque dans l’apparence physique Roy Scheider livre une interprétation géniale et émouvante, qui culmine avec la chorégraphie finale, adieux fantasmés sur scène à son public et à celles et ceux qu’il a aimés tout au long de sa vie. Auteur de seulement cinq longs métrages entre 1969 et 1983, pour la plupart exceptionnels, Bob Fosse n’a jamais caché sa dette envers Federico Fellini, autre grand cinéaste du music-hall et du spectacle, mais aussi de l’introspection.

Sweet Charity premier – et moins bon – film de Fosse était une comédie musicale adaptée d’un spectacle de Broadway librement inspiré des Nuits de Cabiria. Que le spectacle commence revisite avec plus de succès l’univers de Fellini et plus particulièrement Huit et demi, sans que la référence soit écrasante. Fosse demandera à Giuseppe Rotunno, directeur de la photographie de plusieurs chefs-d’œuvre de Fellini, de signer les images baroques et funèbres de cet hymne à la création et à ses effets collatéraux autodestructeurs. Que le spectacle commence, film miroir en forme de catharsis, prendra quelques années après sa réalisation une dimension prémonitoire. Bob Fosse mourrut en effet d’épuisement en 1987, usé par ses excès et son hyperactivité, à l’âge de 60 ans seulement. Il aura eu l’étrange opportunité de mettre en scène sa propre mort « de son vivant », et de la plus magistrale façon.

 

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