Olivier Père

Bande de filles de Céline Sciamma

Troisième long métrage consécutif de Céline Sciamma consacré à l’adolescence, Bande de filles n’est pas plus que les précédents, Naissance des pieuvres et Tomboy, un film qui se contente d’illustrer un sujet, encore moins un propos, sociologique ou thématique. La jeunesse des cités aux portes d’une grande ville, Paris, des filles d’origine africaine qui se réunissent en bande, c’est avant tout une affaire de cinéma, pas une enquête pour les pages société des magazines. Le récit suit la trajectoire de Marieme, seize ans, en situation d’échec à l’école, subissant l’autorité de son grand frère à la maison. Sa rencontre avec trois filles affranchies, marrantes, terreurs du quartier, va lui permettre de s’émanciper et de trouver des échappatoires. Nouvelle vie, nouvelles amies, nouveau nom (« Vic »), nouveaux codes vestimentaires. C’est cette mue que saisit Céline Sciamma, qui filme avant tout des états transitoires, des métamorphoses profondes et superficielles, autant d’étapes entre l’enfance et l’âge adulte. Visiblement fascinée par son sujet, ou plutôt ses sujets, adolescentes découvertes au cours d’un casting sauvage, Céline Sciamma enregistre leurs rituels, filmés comme des plages visuelles et sonores déconnectées de toute progression dramatique. Par exemple cette belle scène où les filles s’enferment dans une chambre d’hôtel, se maquillent et s’habillent pour chanter et danser toute la soirée devant la télévision.

Le rapport à l’image et à leur image joue un rôle important chez ces filles, sans cesse en représentation, qui se filment en train de s’amuser mais aussi de se battre, lors de duels organisés entre bandes rivales. Céline Sciamma capte bien ce mélange d’enfantillage et de violence, la tentation de la délinquance et aussi la montée du désir chez son héroïne qui devient femme. Cette mue trouve un parallélisme chez la cinéaste qui semble se faire davantage plaisir que dans ses films précédents, qui étaient très contrôlés, dans des moments de pure mise en scène assez fantasmatiques. L’emploi du cinémascope relève d’un évident désir de cinéma, comme ses plans d’ensemble nocturne sur la ville, nappés de rock synthétique, ou la formidable scène d’ouverture qui place d’emblée le film sur le terrain d’un imaginaire américain. Pointe également, au diapason du look très élaboré et fortement sexué des jeunes filles, tout en extensions capillaires, un séduisant fétichisme cinématographique, gros plans d’yeux et de bouches, ou cette perruque peroxydée et ces escarpins rouges sur un tapis de la même couleur, dans une surprenante digression « femme fatale » du film.

Bande de filles sort mercredi 22 octobre dans les salles françaises, distribué par Pyramide.

De gauche à droite : Marietou Toure, Karidja Toure, Assa Sylla, Lindsay Karamoh © Paul Blind

De gauche à droite : Marietou Toure, Karidja Toure, Assa Sylla, Lindsay Karamoh à Cannes © Paul Blind

 

Céline Sciamma  © Paul Blind

Céline Sciamma à Cannes © Paul Blind

Catégories : Actualités · Coproductions

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