Olivier Père

L’Homme de l’Ouest de Anthony Mann

Carlotta propose à la vente le 8 octobre L’Homme de l’Ouest (Man of the West, 1958) en Blu-ray et pour la première fois dans sa version restaurée en Haute Définition, accompagné de nombreux suppléments. L’Homme de l’Ouest est le dernier grand western d’Anthony Mann. Succédant à James Stewart, héros habituel d’une série de chefs-d’œuvre (Winchester 73, Je suis un aventurier, L’Appât, L’Homme de la plaine), Gary Cooper apporte davantage de lassitude et de gravité au personnage qu’il incarne, Link Jones, un homme mystérieux et inquiet. Lors d’un voyage à la recherche d’une institutrice pour son village, il est la victime, avec une danseuse et un escroc sans envergure, d’une attaque de train qui les laisse tous trois sur la voie. Trouvant refuge avec ses compagnons d’infortune dans une baraque, Link Jones a la fâcheuse surprise d’y découvrir les hors-la-loi, menés par un vieil homme qui fut autrefois son guide spirituel. Le passé d’un homme finit par le rattraper, au détour d’une embuscade. Ce secret dissimulé derrière les rides de Cooper, ce sont donc des vols et de tueries. Link va côtoyer la violence qu’il fuyait, devant ces bandits dégénérés qui lui renvoient une image déformée et peu reluisante de sa jeunesse.

Gary Cooper, Anthony Mann et la violence

Gary Cooper, Anthony Mann et la violence

Une nouvelle fois Mann s’attaque à son grand sujet : la violence. Mais comme dans tous ses films, sa mise en scène fait ressentir au spectateur le dégoût que le cinéaste éprouve face à la violence, et à son contrepoint inévitable et tout aussi condamnable, la vengeance. Contraint un couteau sous la gorge d’assister au déshabillage de la jeune femme, Link se vengera de son agresseur en lui arrachant ses vêtements au terme d’un sauvage corps à corps. L’Homme de l’Ouest constitue le bilan esthétique et moral d’un cinéaste qui incarne l’idée la plus haute du classicisme. Chaque scène est marquée du sceau de l’évidence. Pourtant, pas de trace de sérénité dans une œuvre qui parvient à exacerber la violence contenue dans les westerns précédents de Mann. A la beauté des plans répond la convulsion des corps, au jeu renfermé de Cooper, s’oppose la théâtralité de Lee J. Cobb, grimé en vieillard. Même la nature semble participer à ce sentiment de désespoir : paysages arides, désert rocailleux, village fantôme ou s’accomplira le règlement de compte final. Quintessence du classicisme, testament artistique, sommet du cinéma de la cruauté, L’Homme de l’Ouest se clôt sur un apaisement relatif. L’homme aura dû une dernière fois verser le sang pour espérer une nouvelle vie, et la femme, victime de la bestialité des hommes, n’y gagnera qu’un amour impossible.

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