Olivier Père

Bertrand Bonello, Résonances

Tandis que son nouveau film Saint Laurent – dont on a déjà beaucoup parlé ici et qui vient d’être choisi pour représenter la France aux Oscars – sort mercredi 24 septembre dans les salles françaises, Bertrand Bonello est célébré au Centre Pompidou avec une programmation exposition rétrospective (du 19 septembre au 26 octobre) qui est une véritable invitation au voyage à travers l’œuvre du cinéaste français – né en 1968 – qui compte déjà six longs métrages et plusieurs courts. Des voyages mentaux et sensoriels, cela va sans dire, mais aussi musicaux et sonores. C’est cette piste – avec ou sans jeu de mot – que Bertrand Bonello a d’ailleurs privilégié dans cette occupation d’un espace muséal qui n’est pas vraiment le sien. Le son et la musique constituent en effet le fil conducteur de cette exposition dans laquelle Bonello n’a pas hésité à projeter certains de ses films sans les images, laissant seule la bande-son envahir l’obscurité de la salle de cinéma. Bertrand Bonello est musicien de formation. Il a commencé sa carrière dans les studios d’enregistrement bien avant de réaliser des films. Comme il le dit lui-même il fait peut-être des films de musicien, mais il a aussi réalisé un « album de cinéaste », le court métrage My New Picture où ce sont les images qui accompagnent la musique, pas l’inverse.

Le motif de l’absence (des images) se retrouve aussi dans l’importance accordée aux « films fantômes », projets inaboutis de Bertrand Bonello parmi lesquels le fameux « Madeleine d’entre les morts » coécrit avec Stéphane Delorme au milieu des années 2000, qui imaginait l’histoire de Sueurs froides de Alfred Hitchcock racontée du point de vue du personnage féminin de Judy interprété par Kim Novak. Les textes de ces projets non réalisés figurent dans un ouvrage sous la direction de Emmanuel Burdeau, Films fantômes aux éditions Les Prairies ordinaires en coédition avec le Centre Pompidou.

Une belle carte blanche vient compléter cette programmation très riche, avec la projection de films éclairant le travail mais aussi la cinéphilie de Bonello, de La Maman et la Putain au Parrain en passant par Sueurs froides (évidemment) mais aussi Shining, Peau d’âne et pourquoi pas de la part de l’auteur du Pornographe Dans la chaleur de Saint-Tropez de Gérard Kikoïne, de l’avis des connaisseurs un must du porno français des années 70.

A l’occasion de cette exposition, Bertrand Bonello a aussi réalisé pour le Centre Pompidou, en association avec ARTE, un court métrage dans lequel il revient sur son travail de cinéaste, sous la forme d’une lettre à sa fille, trop jeune pour voir ses films mais qui lui demande « pourquoi ne fais-tu pas du cinéma comme Peter Jackson ? » Bonello y parle de ses échecs, de ses doutes, d’où il vient et où il va – un projet envisagé comme son dernier film, le désir d’un film d’horreur…

Où en êtes-vous Bertrand Bonello ?

La réponse en musique et en images est à découvrir sur ARTE Créative, ici même.

http://creative.arte.tv/fr/bertrand-bonello-centre-pompidou

 

Sur les films de Bertrand Bonello antérieurs à Saint Laurent on peut lire aussi

http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2014/06/02/bertrand-bonello-genese/

http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2014/05/14/lapollonide-souvenirs-de-la-maison-close-de-bertrand-bonello/

http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2014/05/13/lapollonide-souvenirs-de-la-maison-close-entretien-avec-bertrand-bonello/

 

 

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *