Olivier Père

L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux

Après sa présentation très remarquée à la Berlinale, ARTE diffuse mercredi 27 août à 22h20 L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux, cinéaste assez insaisissable qui oscille entre classicisme revendiqué (La Religieuse), polars, humour noir et fictions à la lisière de l’expérimental (son prochain film Valley of Love par exemple.) L’Enlèvement de Michel Houellebecq est un ovni à plus d’un titre puisque ce film produit pour et par la télévision (Les Films du Worso avec l’Unité Société et Culture d’ARTE France) mais projeté dans de nombreux festivals de cinéma n’est ni une vraie fiction (Michel Houellebecq y interprète son propre rôle) ni un documentaire. Cette histoire d’enlèvement rocambolesque du célèbre écrivain par une bande de pieds nickelés servant d’intermédiaires dans une nébuleuse affaire de demande de rançon relève de la pure invention, même si le cinéaste affirme s’être inspiré de la rumeur colportée par les médias il y a quelques années selon laquelle Michel Houellebecq, ne donnant plus de signes de vie dans sa retraite espagnole, aurait été enlevé. En réalité, il ne s’agissait que d’un problème de connexion internet !

Michel Houellebecq

Michel Houellebecq

Dans la version de Guillaume Nicloux, obligés de cohabiter dans une maison reculée du Nord de la France, en pleine campagne, le séquestré Houellebecq et ses kidnappeurs vont bientôt nouer une relation entre complicité et incompréhension et le film enregistre ces conversations souvent absurdes, hilarantes et même émouvantes, qui révèlent la vérité enfouie des caractères, et surtout les rapprochent. La fragilité de Michel Houellebecq, la virilité exhibée de ses ravisseurs – l’un pratique le culturisme, l’autre la boxe thaï, le troisième est un gitan haut en couleur – dessinent progressivement un motif central du film, à savoir une carte de la masculinité, ses angoisses et ses obsessions, la peur de la solitude : un homme éclate en sanglots en pensant aux enfants qu’il n’a pas eu, Houellebecq se souvient de son père…

Entre Sim, Popeye et Louis-Ferdinand Céline, Houellebecq apporte son humour et son burlesque physique à une pathétique aventure humaine. Nicloux invente une manière originale d’appréhender le portrait filmé d’un écrivain, loin des sentiers battus, en imaginant cette situation de polar déglingué. Au-delà des considérations intempestives, provocatrices et paradoxales de Houellebecq sur tout et sur rien, la politique, l’Europe, l’alcool, la tabagie, le film de Nicloux permet à l’écrivain de se réinventer en acteur comique, avec beaucoup de bonheur et un plaisir communicatif.

 

L’Enlèvement de Michel Houellebecq sera également disponible en Replay sur ARTE+7.

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

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