Olivier Père

Holy Motors de Leos Carax

ARTE diffuse mercredi 3 septembre à 20h50 Holy Motors (2012) dans le cadre du cycle Leos Carax. Premier long métrage de Carax après treize ans de silence à peine interrompu par le tournage de Merde à Tokyo, Holy Motors est un film magnifique. Carax est un enfant  – terrible – du cinéma, éternel jeune homme malgré les années passées à ne pas faire de films, partagé entre le deuil, les souvenirs, une mélancolie contrariée par une énergie extraordinaire et la jouissance de créer de la poésie avec des images et des sons. Holy Motors est une véritable série B d’artiste, une création sans aucun équivalent dans le paysage mondial, le plus beau film de Carax avec Pola X, dans un registre totalement différent : celui de la rêverie cinématographique, affranchie des règles narratives classiques. Le film, qui invente ses propres formes, est du début à la fin une allégorie et se présente comme un voyage à travers la vie d’un homme en même temps qu’un voyage dans l’œuvre d’un cinéaste. Cet homme et ce cinéaste, c’est bien sûr Leos Carax lui-même. Mais Holy Motors dépasse le projet autobiographique pour être avant tout un film universel sur la vie et le cinéma, le temps et l’image. On y retrouve l’attachement de Carax au cinéma des origines (ici des images de Etienne-Jules Marey), aux machines (limousines, caméras), célébrant le mécanique contre le virtuel, toujours dans la lignée de Cocteau et de Godard. Dans Holy Motors à la magie bricolée, Carax délivre des visions splendides qui n’ont pas besoin de trucages dispendieux pour déclencher la sidération. Le principal effet spécial est le corps humain, celui de Denis Lavant, double et invention de Carax qui ici se multiplie en neuf personnages (performance géniale, où le comédien confirme qu’il est l’héritier de Lon Chaney et des grands burlesques du muet) parmi lesquels « Monsieur Merde » qui revient hanter les catacombes parisiens après sa première apparition sans oublier l’apparition sculpturale d’Eva Mendes et la bouleversante séquence avec Kylie Minogue qui chante sa tristesse dans les ruines de la Samaritaine. Sidérant et émouvant, Holy Motors se conclut par une sublime chanson de Gérard Manset dont le titre et les paroles délivrent une partie du sens et de la raison de ce poème cinématographique : « Revivre. »

 

Holy Motors est disponible en Replay sur ARTE+7.

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

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