Olivier Père

Rubber de Quentin Dupieux

ARTE diffuse lundi 14 juillet à 22h35 Rubber (2010) de Quentin Dupieux, juste après Le Grand Embouteillage. Un double programme pneus donc, aussi imprévisible que réjouissant : les deux films partagent en effet un sens inattendu de l’absurde et de la monstruosité. Star de la scène électro pop sous le pseudonyme de Mr Oizo, Quentin Dupieux enregistre en 1997 son premier succès, « Flat Beat », interprété dans le vidéoclip par une marionnette jaune, Flat Eric, qui deviendra la vedette des publicités pour les jeans Levi’s. En quelques années Quentin Dupieux est également devenu le cinéaste le plus excentrique du cinéma français, enchaînant les films comme autant de provocations en forme de gestes esthétiques sans équivalent.

En 2001 il réalise Nonfilm, qui existe sous plusieurs versions, et en 2007 Steak, splendide accident industriel qui voit le musicien cinéaste aux manettes d’une comédie grand public avec le duo de rigolos Eric et Ramzy, très populaire auprès des enfants et des adolescents. Entre science-fiction et burlesque, Steak invente un comique inquiétant, où le rire naît du décalage entre notre monde et l’univers mi futuriste mi rétro du film.

Rubber, son troisième opus, confirme le talent hors norme de Dupieux, bientôt suivi par Wrong, Wrong Cops et Réalité avec Alain Chabat, dont la sortie est prévue à la rentrée, tous tournés à Los Angeles et produits par Gregory Bernard.

Rubber imagine un pneu tueur en série psychopathe et télépathe, semant sa route de cadavres (animaux puis humains qu’il fait exploser à distance) entre le désert californien et les motels de la région, obsédé par une très belle jeune femme voyageant seule et qu’il a pris en chasse. Nous sommes entre le documentaire animalier produit par Walt Disney et la fable surréaliste. Le cinéma de Dupieux évoque Tati, Buñuel, Lynch, avec une part de jubilation qui n’appartient qu’à lui et en font un artiste précieux et libre. On peut voir Rubber comme le manifeste du « no reason », philosophie de l’existence exprimée par le shérif au début du film, un voyage au bout de l’absurde. C’est aussi un bel exemple de fantastique hyperréaliste et fétichiste, où l’irrationnel surgit des objets de consommations les plus quotidiens et banals. C’est aussi un exercice cinéphilique référencé, ultime avatar des « slashers » postmodernes engendrés par le succès de Psychose d’Alfred Hitchcock, avec la réutilisation des mêmes décors (motel, route), les motifs du meurtre et du voyeurisme et la reproduction de la fameuse scène de douche. La figure du « serial killer » dans le cinéma américain effraie parce qu’elle prend l’apparence d’un voisin ordinaire ou d’une silhouette anonyme. Dupieux va encore plus loin dans l’horreur domestique en transformant un objet manufacturé en force déréglée et meurtrière, comme avant lui John Carpenter (Christine) ou Stephen King (Maximum Overdrive) mais en explicitant la dimension burlesque d’un tel postulat. Rubber est enfin un récit gigogne où le réalisateur place des spectateurs à l’intérieur du film, en train d’observer l’action avec des jumelles comme des touristes en visite guidée et de faire des commentaires désobligeants ou dubitatifs sur ce qu’ils voient. Voilà une création cinématographique qui se suffit à elle même et va jusqu’à inclure sa propre critique pour mieux la détruire.

Rubber

Rubber

 Rubber sera disponible en replay sur ARTE+7.

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

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