Olivier Père

Susana la perverse de Luis Buñuel

Bach Films réédite en DVD un titre célèbre de la période mexicaine de Luis Buñuel : Susana la perverse (Susana, 1950). Souvent considéré comme mineur par rapport aux chefs-d’œuvre Los Olvidados, El ou La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz, Susana la perverse n’en demeure pas moins une grande réussite de Buñuel.

Par une nuit d’orage, Susana s’enfuit de la maison de redressement pour femmes et arrive à l’hacienda du riche et honorable Don Guadalupe, qui vient à son secours. Bientôt, la beauté et les provocations de la jeune femme commencent à troubler la paix de la famille chrétienne et honnête… La belle ensorceleuse séduira tour à tour le palefrenier, Don Guadalupe et son fils, sous les yeux horrifiés de la maîtresse de maison et de la domestique bigote.

Produit dans le cadre du cinéma commercial, comme la plupart des films mexicains de Buñuel, Susana la perverse est un véritable jeu de massacre dans lequel une famille traditionnelle de propriétaires, domestiques et employés inclus, est soumise à rude épreuve par Susana, véritable démon dont le corps respire la luxure, qui vient semer la discorde et le chaos dans un monde bien ordonné.

Buñuel semble beaucoup s’amuser avec les conventions du mélodrame, qu’il malmène avec humour puisque Susana, tentatrice pècheresse, parvient à s’échapper de sa cellule au début du film, par une nuit d’orage, en priant Dieu de faire un miracle – et les barreaux de la fenêtre cèdent immédiatement ! Cinéaste entomologiste amoureux des inserts d’animaux Buñuel filme ici une chauve souris, des rats, une mygale, une sauterelle et se permet une belle image sexuelle avec des œufs cassés qui ruissellent sur les jambes nues de Susana, lors d’une étreinte forcée dans une grange. L’inspiration surréaliste et provocatrice de Buñuel s’invite dans le cinéma populaire mexicain, profondément chrétien et machiste, parvenant à le subvertir de l’intérieur. Le cinéaste regrettera néanmoins de devoir concéder un « happy end » à ses producteurs, pour que la morale soit sauve, mais il le piège en le rendant totalement artificiel et outrancier, et donc peu crédible.

Les cinéphiles parisiens pourront aussi revoir des films de Luis Buñuel au cinéma puisque le Grand Action (5, rue des Ecoles 75005) lui consacre un cycle estival avec une dizaine de ses classiques espagnols, mexicains, français et même américains (Les Aventures de Robinson Crusoé).

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