Olivier Père

Les Amants d’outre-tombe de Mario Caiano

Artus met en vente à partir du 1er juillet, dans une édition DVD à la hauteur de la beauté du film qui avait été rarement vu dans de si belles conditions, Les Amants d’outre-tombe (Amanti d’oltretomba, 1965) de Mario Caiano, réussite incontestable de son auteur – prolifique artisan de Cinecittà – et d’un genre en particulier, le gothique transalpin, aux côtés du Masque du démon de Mario Bava et de Danse macabre d’Antonio Margheriti, eux aussi interprétés par Barbara Steele, indissociable de cette mouvance européenne. Au début des années 60 les italiens produisirent des imitations du cinéma fantastique anglais qui parvinrent dans le meilleur des cas à inventer un style propre, typiquement latin à force d’outrance et de sadisme malgré des décors et des histoires empruntés à la culture anglo-saxonne.

Découvert lors de la première séance Cinéma bis à la Cinémathèque française (en 1994) Les Amants d’outre-tombe a toujours bénéficié d’une aura particulière pour les amateurs de cinéma populaire en raison de sa rareté mais aussi parce la violence de son prologue, assez délirante et excessive pour l’époque, avait ému la censure – le film fut sévèrement coupé dans de nombreux pays – et enchanté les cinéphiles érotomanes et fantasticophiles, qui voyaient dans ces scènes de tortures et d’amants enchaînés dans les catacombes humides d’un château parmi les rares équivalences cinématographiques de l’œuvre du Marquis de Sade.

Stephen Arrowsmith (Paul Muller) exaspéré par le comportement de sa femme Muriel (Barbara Steele), infidèle et alcoolique, assassine cette dernière ainsi que son amant jardinier. Le scientifique psychopathe, connu pour ses expériences douteuses, injecte ensuite dans le corps de la gouvernante (Helga Liné) le sang de sa défunte épouse pour lui permettre de retrouver une beauté éternelle. Il décide ensuite de se marier avec la sœur jumelle de Muriel, Jenny (encore Barbara Steele), qui a hérité de toute la fortune de la victime, puis tente de la faire passer pour folle en mettant à rude épreuve la santé mentale fragile de la jeune femme, afin de récupérer le magot…

Paul Muller, Rick Battaglia et Barbara Steele

Paul Muller, Rick Battaglia et Barbara Steele

Comme bon nombre de ses confrères Mario Caiano usa d’un pseudonyme pour signer ce film fantastique avec des éléments de machination criminelle, Allan Grünewald, sans doute en référence à l’un des maîtres allemands du gothique tardif, Matthias Grünewald dont le chef-d’œuvre sont les panneaux peints du retable d’Issenheim (1512-1515), peintre à l’inspiration parfois fantastique, ce qui permit de le comparer à Jérôme Bosch. L’atmosphère macabre et les différentes représentations allégoriques de la mort du film de Caiano doivent beaucoup à ces deux peintres, et cette influence est soulignée par la musique d’Ennio Morricone qui, pour sa première incursion dans le film d’horreur, pastiche le célèbre hymne catholique latin « dies irae », synchrone avec les orientations médiévales de Caiano. Le double rôle (négatif/positif, monstre et victime, symbolisé par une couleur de cheveux différente) interprétée par Barbara Steele est bien sûr une émanation du Masque du démon où elle était à la fois la sorcière et son aïeule, et cette duplicité avait déjà été reprise dans La Sorcière sanglante d’Antonio Margheriti et le sera à nouveau dans Un ange pour Satan de Camillo Mastrocinque. Barbara Steele, ange et démon du cinéma bis italien…

Les apparitions spectrales de Barbara Steele, blafarde et défigurée, avec de longs cheveux noirs plaqué sur la moitié de son visage, comptent parmi les plus saisissantes apparitions de fantômes à l’écran. Elles évoquent avec la même poésie morbide celles des spectres japonais des films de Hideo Nakata et Kiyoshi Kurosawa, fins connaisseurs du folklore nippon mais aussi de l’iconographie du fantastique occidental.

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