Olivier Père

La Balade sauvage de Terrence Malick

ARTE diffuse demain soir, dans le cadre d’une soirée dédiée à Terrence Malick, son premier film La Balade sauvage (Badlands, 1974) à 23h, après Le Nouveau Monde (The New World, 2004) à 20h50. C’est aussi l’un de ses plus admirables. La Balade sauvage est le premier essai cinématographique de Malick en tant que metteur en scène après sa participation à quelques scénarios, et marque son entrée dans le cercle fermé des jeunes prodiges du Nouvel Hollywood, avec lesquels il ne partagera pas la frénésie créatrice (seulement six longs métrages entre 1974 et 2013), entretenant un goût du mystère et de la disparition digne de Salinger. Barde de l’americana, Malick transforme la reconstitution d’un fait divers criminel en une rêverie élégiaque, avec déjà une fascination pour la nature et des aspirations philosophiques. On retrouve dans La Balade sauvage, au-delà du lyrisme panthéiste, plusieurs effets de style que leur cinéaste retiendra dans ses films ultérieurs, comme une voix-off obsédante, une photographie virtuose et le recours à des musiques préexistantes (ici Carl Orff et Erik Satie.) Interprétation magnifique de Martin Sheen (Kit) et Sissy Spacek (Holly.) Il faudra en effet attendre La Balade sauvage pour qu’un cinéaste sache enfin employer Martin Sheen. Il a 33 ans au moment du tournage, mais semble beaucoup plus jeune, exactement comme Sissy Spacek, sa partenaire, éternelle adolescente sous le regard des auteurs (De Palma, Altman) qui la dirigèrent dans les années 70. Le film sublime la beauté de ces jeunes amants traqués, hors-la-loi par accident et rébellion romantique. À l’occasion de ce rôle de criminel par amour – Kit tue le père de Holly qui refusait que sa fille sort avec un éboueur, Sheen et Malick s’amusent de la comparaison hasardée entre le comédien et James Dean. Martin Sheen, avec son charme trop évident et sa virilité trop lisse, sans parler de son jeu dont même la retenue peut passer pour de la pose, possède une attitude qui lui permet sans peine d’endosser les rôles de rebelles ordinaires. Mention spéciale pour le toujours formidable Warren Oates, acteur fétiche de Monte Hellman et Sam Peckinpah, dans le rôle du père de Holly.

Sissy Spacek

Sissy Spacek

Martin Sheen

Martin Sheen

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