Olivier Père

Les Chansons populaires de Nicolás Pereda

Aujourd’hui sort, distribué par Capricci, le nouveau film de Nicolás Pereda, jeune cinéaste mexicain qui n’en est pas à son coup d’essai, mais qui bénéficie pour la première fois d’une distribution salles en France. Pereda est âgé de trente et un ans et a réalisé au moins six longs métrages (plus des courts et des vidéos) depuis 2010, montrés dans des grands festivals internationaux, et il a même fait l’objet de plusieurs rétrospectives complètes dans différentes villes des Etats-Unis, en Corée du Sud ou en Amérique Latine.

Des lauriers précoces mais mérités, au regard de ce que nous connaissons de sa filmographie, la plus stimulante, originale et intelligente du jeune cinéma mexicain. Pereda tourne vite et bien, ses films, plus ou moins expérimentaux proposent des dispositifs formels et narratifs autour de l’idée de distanciation et de mise en abyme. Tournages de films dans le film, confusion volontaire entre le documentaire et la fiction…
On retrouve cela, par touches subtiles et néanmoins déstabilisantes, dans Les Chansons populaires (Los mejores temas, 2012), interprété par Gabino Rodríguez, acteur fétiche de Pereda, équivalent approximatif de Claude Melki chez Jean-Daniel Pollet ou Ninetto Davoli chez Pier Paolo Pasolini, jeune homme haut en couleur qui se confond avec les personnages qu’il interprète. Gabino, donc, est un jeune homme de vingt-sept ans qui vit toujours avec sa mère, vend de la musique piratée dans les rues de Mexico. Il doit tous les jours mémoriser les cent chansons présentes sur les albums qu’il vend. C’est la raison pour laquelle il ne s’exprime qu’en récitants les paroles de chansons d’amour, transposées dans des situations de la vie quotidienne. Un jour, son père revient à la maison après quinze ans d’absence, et propose à son fils plusieurs affaires douteuses et minables. Au fil des jours, sa présence gêne, et le fils et sa mère mettent le revenant à la porte. Mais le père revient à nouveau, interprété cette fois-ci par un autre acteur… a moins que ce soit le véritable père de Gabino…
Comme l’a écrit le critique et sélectionneur Mark Peranson au moment de la présentation du film dans la compétition internationale du Festival de Locarno l’année dernière, « Nicolás Pereda fait des films où la fiction, le documentaire et l’expérimentation coexistent, souvent dans la même scène, souvent dans le même plan. »
Ainsi Pereda lui-même intervient lors d’une scène de fiction entre le père et le fils, leur posant des questions hors champ et les obligeant à lui répondre, à leur plus grande surprise.
Les Chansons populaires n’est pas seulement un laboratoire ludique dans un style « Nouveau Roman » adapté au prolétariat mexicain, où des apartés méta cinématographiques contrarient un mise en scène extrêmement rigoureuse constituées de plans séquences en écran large, la plupart du temps dans l’espace confiné d’un appartement. Le film parle aussi de l’importance de la culture populaire dans l’inconscient collectif du peuple mexicain, de l’importante de la transmission et de la figure paternelle.

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