Olivier Père

Josh et Benny Safdie

“Blaq out découverte” vient d’éditer un coffret DVD réunissant tous les films des frères Safdie (photo en tête de texte, prise au Festival del film Locarno en 2010 : Benny avec le sourire, Josh avec une barbe), soit pour l’instant deux longs et cinq courts métrages (ils viennent juste de terminer Lenny Cooke, un film court sur l’histoire vraie d’un basketteur, racontée comme une fiction.)

On a découvert le cinéma des frères Safdie à la Quinzaine des réalisateurs en 2008 avec The Pleasure of Being Robbed, premier long métrage exclusivement signé par Josh Safdie, mais son frère cadet – acteur, réalisateur de courts métrages – n’était pas très loin devant et derrière la camera. Les deux garçons ont l’habitude de cumuler les postes et de tout faire eux-mêmes, entouré d’une petite équipe d’amis. C’est du cinéma bohémien, cinéphile et inspiré, pratiqué avec beaucoup d’amour et une véritable passion pour la mise en scène.

The Pleasure of Being Robbed

The Pleasure of Being Robbed

Ne quittant jamais un étonnant personnage féminin (Eleonore Hendricks, longtemps la muse et compagne de Josh) dont la kleptomanie dans les rues de New York déclenche une série d’aventures et de rencontres, The Pleasure of Being Robbed est une sorte de ballade urbaine jazzy avec beaucoup d’humour et de poésie qui n’était pas sans évoquer les premiers essais de John Cassavetes, Jim Jarmusch ou Spike Lee. Mais les deux frères sont des boulimiques de cinéma et de musique et leurs références ne s’arrêtent pas là : ils pourraient tout aussi bien citer Jerry Lewis, Jean Rouch, Agnès Varda ou le néo-réalisme italien.

Lenny & the Kids

Lenny & the Kids

Le second long métrage de Josh et Benny fut également présenté à la Quinzaine des réalisateurs, l’année suivante. Lenny & the Kids (aussi connu sous les titres Go Get Some Rosemary et Daddy Longlegs) est un film plus mélancolique et très chargé affectivement, car inspiré par la relation des deux frères avec leur père quand ils étaient enfants. Après des mois de solitude, de tristesse, de distraction, de liberté et d’éloignement de ses enfants, Lenny, 34 ans, projectionniste, vient chercher ses deux garçons à l’école. Chaque année, il passe deux semaines avec ses fils Sage, 9 ans, et Frey, 7 ans. Tout ce petit monde s’entasse dans un studio du centre de New York. Au fond, Lenny hésite entre être leur père ou leur copain, et voudrait que ces deux semaines durent six mois. Pendant ces quinze jours, un voyage dans le nord de l’état de New York, des visiteurs venus d’étranges pays, une mère, une petite amie, des couvertures « magiques », et l’anarchie la plus totale s’emparent de leur existence. La grâce s’accompagne de gravité, l’humour se teinte d’émotion, devant les aspects les plus tristes d’une vie de Bohême qui est loin d’être idéalisée, avec des péripéties tragi-comiques souvent subies par des enfants entre complicité et méfiance envers un père immature, névrosé et irresponsable, interprété par Ronald Bronstein, réalisateur du très underground Frownland (2007). Abel Ferrara y fait aussi une apparition « amicale. »

The Black Balloon

The Black Balloon

Grâce à la reconnaissance internationale de leurs deux longs métrages les frères Safdie sont devenus les jeunes parrains de la nouvelle scène alternative new yorkaise, présentés comme la saine alternative au formatages des productions soi-disant indépendantes sélectionnées au Festival de Sundance, ainsi qu’au mouvement « mumblecore » vite récupéré par la comédie hollywoodienne. The Black Balloon est une petite merveille que nous avions montré en 2012 en première mondiale sur la Piazza Grande au Festival del film Locarno. Les frères Safdie poursuivent l’exploration de leur ville bien-aimée avec ce court métrage hommage au Ballon rouge d’Albert Lamorisse, classique intemporel qui continue d’enchanter les spectateurs. On peut prédire le même destin à son homologue américain. Tourné en 35mm avec des trucages magnifiques qui relèvent davantage de la magie que de la technique, The Black Balloon possède un pouvoir d’émerveillement rare, véritable poème en images qui propose la synthèse de toutes les qualités du cinéma des frères Safdie.

Les deux frères demeurent fidèles à une approche du cinéma humaine, passionnelle, artisanale et généreuse, débordant d’amour pour leurs personnages, y compris lorsqu’il s’agit d’un ballon noir, brebis galeuse qui s’échappe d’un bouquet de cent collègues et flotte à travers la ville, observant au risque de se perdre le petit théâtre urbain de nos vies banales et compliquées.

Josh et Benny Safdie travaillent depuis plusieurs années sur un projet toujours très personnel mais produit par un studio, ce qui les éloignerait de leurs méthodes de cinéma guérilla : un film aux dernières nouvelles interprété par Vincent Gallo – qui les apprécie depuis longtemps – et Harvey Keitel. Nous leur souhaitons bonne chance et nous vous invitons, en attendant, à découvrir ou à vous replonger dans leurs films grâce à ce beau coffret qui déborde de suppléments.

 

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