Olivier Père

Ce qu’il restera de nous de Vincent Macaigne

Rendez-vous incontournable du court métrage sur ARTE, le magazine « Court-Circuit » (qui en est à son 635ème numéro!) propose dans la nuit de vendredi à samedi (0h45 pour être exact) un moyen métrage de quarante minutes qui a beaucoup fait parler de lui : Ce qu’il restera de nous (2011) de Vincent Macaigne. Il s’agit de débuts remarquables qui laissent une impression beaucoup plus forte que bien des longs métrages de cinéastes plus chevronnés.

Vincent Macaigne a acquis en quelques années une notoriété extraordinaire en raison de l’onde choc provoquée par ses mises en scène théâtrales. Au Festival d’Avignon en 2011, son adaptation sanglante et excessive de Hamlet, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, divise la critique mais provoque surtout un immense enthousiasme, un électrochoc et une apparition comme on en avait pas connu dans le théâtre français depuis très longtemps.

Ce qu’il restera de nous laisse entendre que l’enfant terrible du théâtre s’intéresse de près au cinéma. Et réciproquement. Macaigne est très demandé comme acteur (depuis Un monde sans femmes de Guillaume Brac) et on va le voir dans pas moins de trois films cette année à Cannes, représentatifs de la nouvelle génération du jeune cinéma français. Et ce n’est pas fini puisqu’il a décidé d’enchaîner les tournages.

En attendant, Ce qu’il restera de nous (dans lequel Macaigne ne joue pas) est la confirmation d’un talent et d’une personnalité artistique hors du commun. Macaigne emprunte en apparence le chemin balisé d’un certain cinéma « familial », lui même ancré dans une tradition romanesque : un jeune homme aux rêves d’artiste qui a choisi le chemin de la marginalité retrouve à l’occasion de la mort de son père son frère, qui lui au contraire a renoncé à ses rêves pour se noyer dans le conformisme. Deux formes de vies gâchées qui s’affrontent.

Ce film bref mais d’une densité extraordinaire brise le naturalisme de son propos par une mise en scène faite de longs blocs de temps, de longues plages de silences et de paroles éructées.

L’écriture filmique de Macaigne combine avec succès la performance physique propre au théâtre moderne et la vérité psychologique des situations, quelque part entre le happening et Maurice Pialat. On peut parler d’outrance, de cinéma « trash », « punk » ou hystérique au sujet de cette succession de psychodrames, bagarres ou crises de rage d’une violence inouïe, mais ce sont le sentiment de vérité et la force du style qui dominent.

Ce qu’il restera de nous a obtenu le Grand Prix au Festival International du court métrage de Clermont-Ferrand en 2012. Il est sorti sur les écrans français le 29 février de la même année.

 

 

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