Olivier Père

El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée de Santiago Mitre

Parmi les films sortis cette semaine à ne pas rater, il y a El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée (El Estudiante, 2011), distribué par Epicentre. Il s’agit du premier long métrage de l’Argentin Santiago Mitre (scénariste de deux films de Pablo Trapero, Leonera et Carancho) sur la découverte du milieu politique estudiantin de Buenos Aires par un jeune homme ambitieux, véritable roman d’apprentissage balzacien ample, complexe et d’une grande intelligence qui a remporté le prix spécial du jury Ciné + dans la section Cinéastes du présent au Festival del film Locarno il y a deux ans.

Roque, jeune provincial, commence des études à l’Université de Buenos Aires. Peu motivé, il passe son temps à séduire les filles et errer dans la fac. C’est en tombant amoureux de Paula, une jeune enseignante engagée, qu’il va rencontrer le militantisme et devenir proche du syndicat étudiant. Avec Alberto, ancien politique qui va lui servir de mentor, il va apprendre les codes et devenir un leader pour enfin trouver sa voie…

El Estudiante ou Récit d'une jeunesse revoltée

El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée

El Estudiante… propose une immersion dans l’univers du militantisme politique et du syndicalisme estudiantin, avec ses rituels et ses codes, faits de réunions et de discussion publiques, sans jamais sombrer dans la caricature et l’ironie. Le beau souci de Santiago Mitre est de mettre en scène la parole et de décortiquer le mode de fonctionnement et de pensée de ceux qui occupent aujourd’hui un terrain délaissé par beaucoup. El Estudiante confirme la vitalité du jeune cinéma argentin, mais il prouve surtout que ce cinéma n’est pas monolithique. A côté de la sublime poésie métaphysique d’un Lisandro Alonso, il y a aussi des beaux efforts davantage tournés vers le romanesque et le social. D’ailleurs, la critique américaine n’a pas manqué de comparer le travail de Santiago Mitre avec celui du scénariste Aron Sorkin (A la maison blanche, La Guerre selon Charlie Wilson, The Social Network) ce qui n’est pas le pire compliment.

Tourné avec peu de moyens mais avec beaucoup d’énergie, de cohérence et de talent, El Estudiante… est aussi un modèle de production, la preuve comme disait Godard qu’on doit faire des films politiques, et plus encore faire politiquement des films.

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