Olivier Père

Gimme the Loot d’Adam Leon

Cette semaine parmi les sorties en salles il ne faut pas rater Gimme the Loot, premier film enthousiasmant réalisé par un jeune cinéaste new yorkais. Une fille et un garçon, graffeurs de leur état, doivent trouver 500 dollars pour pouvoir réaliser un tag spectaculaire. A partir d’un intrigue minimaliste Adam Leon réussit à capter l’atmosphère des rues de New York et de la nouvelle vie de bohème, diffusant une critique sociale et politique beaucoup plus subtile que dans les premiers films de Spike Lee avec lesquels Gimme the Loot a été trop vite comparé.

Gimme the Loot

Gimme the Loot

Il est vrai que le long métrage d’Adam Leon dresse un état des lieux de la jeunesse noire et de la culture hip hop en reprenant les décors et les personnages de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête (She’s Gotta Have It, 1986) vingt-six ans plus tard. Mais style, attitude et intentions diffèrent. Loin de tout militantisme Adam Leon signe une comédie de caractères avec des personnages attachants, tous très bien interprétés par de nouveaux visages juvéniles, et des situations finement écrites et qui contiennent une dimension sociologique, notamment sur les rapports de classes et les relations interraciales. Bref, un ton et une esthétique qui tranchent par leur intelligence et leur finesse avec le tout-venant de la production indépendante américaine et notamment le courant « mumblecore », mode du film à tout petit budget et à l’allure bâclée en voie d’essoufflement. Avec Gimme the Loot il arrive parfois de songer à une version contemporaine du Pigeon de Mario Monicelli, devant le caractère cocasse et inattendu des mésaventures et des rencontres de l’antihéros du film Malcolm, des gags délicats et des scènes humoristiques qui puissent leur inspiration dans des expériences réelles pas toujours drôles, plutôt cruelles et humiliantes, à l’instar des meilleures comédies néo-réalistes. La comédie italienne et les chroniques ethnographiques de Jean Rouch, il y a pire comme références, surtout pour un premier long métrage américain bien supérieur à ce que l’on peut découvrir chaque année à Sundance (Gimme the Loot était à Cannes, dans la section Un Certain Regard.) Le film d’Adam Leon confirme la bonne santé de la nouvelles scène alternative new yorkaise, après la révélation des frères Safdie (un air de famille avec Gimme the Loot) et The Color Wheel d’Alex Ross Perry.

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