Olivier Père

Charles Durning (1923-2012)

Nous avons appris aujourd’hui la disparition de Charles Durning, acteur américain à la longue carrière et qui comptait parmi nos seconds rôles préférés. Il était âgé de 89 ans. Excellent « character actor », Charles Durning pouvait s’enorgueillir au sein d’une filmographie pléthorique et ininterrompue (plus de 200 titres pour le cinéma et la télévision et le dernier n’est pas encore terminé) d’avoir participé à de nombreux bons films, et même à quelques chefs-d’œuvre. Il a travaillé avec les plus grands réalisateurs et acteurs et a incarné des personnages inoubliables dans des films qui ont marqué les esprits.

L'Ultimatum des trois mercenaires

L’Ultimatum des trois mercenaires

Pour nous qui l’avions découvert à l’adolescence il reste l’interprète des premiers succès de De Palma (le détective obstiné de Sœurs de sang et le psychologue bienveillant de Furie) et des derniers « films malades » de Robert Aldrich (le Président des Etats-Unis dans L’Ultimatum des trois mercenaires et le policier cynique et rigolard de Bande de flics), ce qui en faisait un protagoniste et un témoin importants du passage entre la nouvelle et l’ancienne génération des grands cinéastes hollywoodiens dans les années 70. Cette assertion se confirme si l’on considère qu’il a tourné à la fois avec John Frankenheimer (Le Pays de la violence), Sidney Lumet (Un après-midi de chien), George Roy Hill (L’Arnaque), Sydney Pollack (Tootsie), cinéastes qui ont commencé leur carrière à la télévision dans les années 60 avant de réaliser des titres majeurs du cinéma américain de la décennie suivante, et les vétérans Billy Wilder et Robert Wise avec Spéciale Première et L’Odyssée du Hindenburg. C’est pour sa participation à ces films que nous l’aimions beaucoup.

Ce natif de l’Etat de New York était un vétéran de la Seconde Guerre mondiale et avait participé au Débarquement d’Omaha Beach le 6 juin 1944. De retour au pays il prend des cours de théâtre. Découragé il enchaîne les petits boulots, chauffeur de taxi ou barman, avant de tenter à nouveau sa chance sur les planches et les plateaux des studios.

Au cinéma, on le remarque au début des années 70 chez Brian De Palma (Hi, Mom!), ce qui confirme les qualités de découvreur de talents du cinéaste new yorkais qui fera également débuter dans les années 70 Robert De Niro, Jill Clayburgh et John Travolta.

Charles Durning était un acteur au registre très riche qui malgré un physique typé était capable d’interpréter des personnages extrêmement variés, des plus minables (flics corrompus, gangsters, escrocs, pervers) aux plus intègres, chaleureux et humains, traversant toutes les couches sociales, les milieux et les époques de l’Amérique, allant jusqu’à incarner le Président dans le thriller politique de Robert Aldrich, L’Ultimatum des trois mercenaires, film formidable dont nous reparlerons bientôt à l’occasion de sa ressortie en février.

Sa corpulence, ses yeux bleus et son visage expressif lui permirent d’incarner aussi bien des individus aux rondeurs sympathiques, des hommes d’action investis et professionnels que des figures beaucoup moins recommandables.

Le cinéma américain aura rarement connu un acteur aussi versatile, remarquable de souplesse et de subtilité malgré une silhouette massive.

Cet acteur familier du polar était également très à l’aise dans la comédie. Le père veuf tombant amoureux de la meilleure amie de sa fille (Jessica Lange) et lui livrant une cour effrénée sans s’apercevoir qu’il s’agit d’un travesti dans Tootsie avec Dustin Hoffman demeure l’un de ses rôles les plus célèbres auprès du grand public.

Charles Durning avec Dustin Hoffman dans Tootsie

Charles Durning avec Dustin Hoffman dans Tootsie

Nous nous souviendrons de Charles Durning comme le partenaire d’élection de plusieurs stars de Hollywood, qui l’appréciaient beaucoup et le réclamaient dans leurs films, de Kirk Douglas à Burt Lancaster jusqu’à George Clooney en passant par Warren Beatty (Dick Tracy). Il est également inoubliable dans le rôle du capitaine Moretti chargé de négocier avec les preneurs d’otages dans Un après-midi de chien avec Al Pacino et John Cazale (photo en une).

Charles Durning était aussi l’ami de longue date de Burt Reynolds qui ne se passait pas de lui et l’appelait régulièrement pour tourner dans ses films en tant qu’acteur, réalisateur et producteur. Par exemple L’Anti-gang et la comédie La Cage aux poules où Charles Durning chante et danse avec une agilité déconcertante et qui lui valut une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle.

 

 

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